Les géants du web : GAFAM, NATU & BATX

Apparu il y a environ 10 ans, le terme GAFAM est un acronyme formé par la lettre initiale des cinq entreprises Google, Apple, Facebook, Amazon et Mircrosoft. Il existe également les NATU (pour Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) et, du côté asiatique, les BATX (pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

T’es gentil Alex, mais pourquoi tu veux me parler d’entreprises du numérique ?

Disons que le souci, c’est que ces entreprises sont en situation de quasi-monopole dans leur domaine respectif, elles nous rendent énormément service, souvent gratuitement (à ce qu’il parait) et du coup, on les utilise très régulièrement. Oui, mais avec quelles conséquences ?

Les internautes sont en quelque sorte le bétail des GAFAM.
Tristant Nitot, fondateur de Mozilla Europe

Actuellement, les géants du Net veulent centraliser les données au maximum pour tout savoir sur chacun d’entre nous (position GPS, sites consultés, ciblage audio par micro, consommation énergétique, activité physique….). Ils nous attirent avec des services souvent présentés comme gratuit, ils aspirent nos données et les analysent pour comprendre quels sont nos goûts, nos envies, nos idées politiques, nos particularités et monétisent tout ça auprès des régies et annonceurs publicitaires.

Quand c’est gratuit, il faut garder à l’esprit que c’est nous le produit, pas le client!

Donc si vous installez Shazam, que vous parlez de changer de téléphone et que le lendemain, vous avez des publicités de téléphone partout sur vos écrans, il ne faut pas s’étonner! Ça s’appelle Alphonso! Alphonso est un module intégré dans des applications gratuites IOS ou Android destiné à collecter des données à destination des annonceurs. Celui-ci fonctionne en demandant l’autorisation d’accéder au micro du smartphone, puis en enregistrant les sons ambiants qui lui permettent ensuite d’identifier l’empreinte sonore correspondant à une publicité que vous avez vu ou des attentes que vous avez exprimés.

 

Ils peuvent bien me cibler, je m’en fous

Ça, je l’entends souvent, j’y vois plusieurs problèmes:

  • Ce n’est pas du tout écologique, ce type de monétisation par le tracking et la publicité est hyper énergivore à commencer par faire fondre la batterie de votre téléphone. Pourquoi coller un StopPub sur la boite aux lettres si c‘est pour accepter ce type d’intrusion ?
  • Ces services sont centralisés à l’opposé de l’idée de départ d’internet, tant que tout va bien, c’est cool, mais que se passera t-il s’il y a une défaillance chez Google ou autre pour vos photos de vacances? Pour vos documents sensibles ?
  • La constitution de bases de données aussi pointues est dangereuse en temps de crise, je vais y revenir.
  • L’hégémonie de ces services empêche les nouveaux acteurs d’émerger même s’ils arrivent avec de super idées, le monopole est là. À l’époque du lancement du moteur de recherche Google, Larry Page et Sergueï Brin ont pu révolutionner la recherche sur internet par une approche nouvelle, mais à cette époque les concurrents étaient nombreux, il n’y avait pas ce monopole. Combien d’autres bonnes idées sont tombées à l’eau du fait de notre conformisme ? De notre flemme à expérimenter de nouvelles choses ?
  • Avec les dérives actuelles du libéralisme, les données commencent à être utilisées pour ajuster les tarifs en fonction du client, tant que ça reste sur des produits non essentiels, c’est peu gênant, mais que dirons nous le jour ou notre mutuelle augmentera parce que nous aurons loupé une séance de sport ou pas assez dormi ?

Le danger des bases de données centralisées

À l’origine d’internet, le réseau se voulait décentralisé, c’est à dire que pour un même type de service plusieurs solutions étaient disponible et chacun avec des spécificités propres. Chacun pouvait y trouver son compte, mais nous avons laissé émerger des mastodontes qui a eux seuls trustent le marché sur lequel ils sont (Youtube, Uber, Facebook, AirBnB, …). Ces firmes se gavent de nos données récupérées de tous les côtés et les stockent pour profiler au mieux les internautes et savoir avant eux ce dont ils ont besoin, qui ils sont, ….

À l’heure où nous traversons une époque de plus en plus difficile, où nous savons que nous allons au devant des problèmes, l’histoire nous a appris qu’au moment où les crises éclatent, l’humain peut se comporter comme un porc et c’est un doux euphémisme. Sans aller si loin, on l’a vu récemment avec l’affaire Cambridge Analytica que nos données personnelles stockées sur Facebook ont pu servir à influencer des élections (Donald Trump, Législatives indiennes) ou référendum (Brexit).

IBM et l’Holocauste

On sait depuis un moment qu’Hitler se servait des mécanographe. On savait aussi que Thomas Watson (directeur d’IBM de l’époque) avait reçu une médaille du Führer. Mais jusqu’à présent, IBM affirmait ne pas être intervenu sur des machines dont le gouvernement allemand avait pris le « contrôle ». Edwin Black (écrivain et journaliste américain) affirme le contraire. Selon lui, le travail de la Dehomag (filiale d’IBM durant le 3° Reich) était directement supervisé depuis New-York et Watson était ravi des profits réalisés en Allemagne. Pire encore, il affirme qu’IBM a travaillé avec les nazis afin de personnaliser les machines et de «maximiser leurs résultats». Il explique par exemple comment les homosexuels correspondaient sur les cartes au numéro 3, les Juifs au 8 ou les gitans au 12, selon un système mis en place par IBM et la société allemande de statistiques. « Quand l’Allemagne a eu besoin d’identifier les Juifs par leur nom, IBM lui a montré comment faire. Quand l’Allemagne a voulu utiliser ces informations pour lancer des programmes d’expulsion et d’expropriation, IBM a fourni la technologie », écrit Black.

Les bases de données de Google et Facebook feraient rêver plus d’un Hitler.
Sachez qu’une fois en leur main, les données qu’accumulent Google et Facebook ne sont très probablement jamais supprimées. Et gardez en tête que ce qui est légal/normal/admis aujourd’hui ne le sera pas forcément demain.
https://lord.re/posts/101-maux-des-gafam/

La Chine et la note sociale

Pour ceux qui ont vu l’épisode de l’excellente série Black Miror où les citoyens sont notés, je ne pensais pas qu’on y serait si vite, et pourtant! Depuis 2014, la Chine travaille sur un système de notation de la population qui sera complètement opérationnel et obligatoire en 2020. La note sera attribuée en fonction du comportement des individus, de leur casier judiciaire, mais aussi de la situation financière, de la civilité – des opinions politiques – et globalement de tous les faits et gestes, notamment ceux relevés par les services gouvernementaux de surveillance de l’internet chinois. Il a déjà été annoncé, que les personnes qui auront une note trop basse seront ainsi interdites d’avion ou de train.

 

Le SNDS de Marisol Touraine

Pour « Système National des Données de Santé », il a été promulgué par un décret en décembre 2016. Concrètement, il s’agit d’une base de données centralisée qui regroupe pour le moment quatre types de données : feuilles de soins, consultations, hospitalisations et achat de médicaments. Chaque Français est concerné par cet usage du BigData qui va évoluer très vite dans les années à venir. Courant 2018, de nouvelles informations y seront ajoutées comme les causes de décès, les informations sur un handicap ou les données concernant le remboursement des mutuelles. Le problème, c’est que ce fichier est mis à disposition de toute personne ou structure, publique ou privée, à but lucratif ou non-lucratif, sur autorisation de la CNIL, en vue de réaliser une étude, une recherche ou une évaluation présentant un intérêt public. Des chercheurs informatiques ont démontré que malgré la pseudonymisation de ces données, il était très facile de retrouver la personne dont il était question par recoupement. Vous croyez que les mutuelles et assurances vont s’en priver longtemps ?

 

Derrière Cortana, des humains

Petit interview d’une opératrice embauchée par une entreprise chargée d’ « améliorer » le fonctionnement de Cortana, l’assistant vocal de Microsoft, en écoutant une à une diverses paroles captées par la machine (volontairement ou non).

Maven, de Google, et Rekognition, d’Amazon travaillent pour la défense américaine, j’en parle sur ce billet.

Bon, on en reparle de votre vie privée ou vous en avez toujours rien à secouer d’être traqué ainsi ?

Les solutions

Des alternatives existent pour presque tous les services, c’est juste qu’elles peinent à être connues. On peut par exemple utiliser Linux à la place de Windows, Diaspora à la place de Facebook, Mastodon à la place de Twitter, VLC, Firefox, ….

En bon point de départ, on peut parler de l’association Framasoft que je vous invite à découvrir. Association française de loi 1901, issue du monde éducatif, Framasoft est un réseau d’éducation populaire consacré principalement au logiciel libre. Ils ont fait un super travail pour aider les internautes à se libérer des GAFAMs nommé “Dégooglisons Internet”, je vous laisse y jeter un œil ici : https://degooglisons-internet.org/

Je voulais aussi vous parler d’une autre association qui mériterait d’être plus connu, c’est la Quadrature du net. La Quadrature du Net est une association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet fondée en 2008. Très active politiquement, au niveau national et européen, elle se bat pour nos libertés numériques. Elle s’est notamment fait connaître par sa forte opposition aux lois HADOPI et LOPPSI. À l’échelle européenne et mondiale, son action a porté en particulier sur le Paquet Télécom, le traité ACTA, et plus récemment sur les questions de filtrage d’Internet et de neutralité des réseaux.
J’apprécie leur approche qui sent bon l’univers du hacking (au sens noble du terme), ils avaient par exemple développé une plateforme téléphonique pour permettre aux citoyens de contacter les députés pour discuter avec eux ou leur staff.
https://www.laquadrature.net/fr

Alors, par quel service allez vous commencer à chercher une alternative?

 

Références :

https://www.youtube.com/watch?v=mpmRpeUeEGA
https://framasoft.org/
https://www.laquadrature.net/fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cambridge_Analytica
https://www.lisez.com/livre-grand-format/ibm-et-lholocauste/9782221092767
https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/mar/05/algorithms-rate-credit-scores-finances-data
https://www.villeintelligente-mag.fr/Big-Data-Sante-des-donnees-accessibles-qui-font-debat_a132.html
http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-soc/15-16/index.asp
https://www.laquadrature.net/en/temoin_cortana

 

4 réponses sur “Les géants du web : GAFAM, NATU & BATX”

  1. Si nous vivions dans un monde dites parfait « la transparence » n’est pas un problème. Si GAFAM sait « tout » et toi et moi on sait très peu il y a un très grand problème : l’abus de pouvoir institutionalisé !!!!

    L’Etat est tombé dans sa propre piège et a perdu tout crédibilité pour parler au nom de l’intérêt générale !

    On court derrière les choses sans jamais d’attraper quoi se soi ! Ne surtout pas « la réalité ».

  2. Merci pour cet excellent article à mettre entre de nombreuses mains. S’éloigner des GAFAM est encore trop souvent perçu par certain.e.s (hélas) comme une lubie de geek qui…geeke.

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