Utopies réalistes de Rutger Bregman

Oh qu’il peut être rafraîchissant de lire les auteurs émergents de la génération Y ! Loin de la sinistrose ambiante, Rutger Bregman, né en 1988 aux Pays-Bas est présenté par The Guardian comme “l’enfant prodige aux nouvelles idées”. Pourtant, lorsqu’on lit Utopies réalistes ses idées ne sont pas si nouvelles que ça, historien, il tire une grosse partie de ses réflexions d’expériences & faits passés au cours du siècle derniers pour la plupart.

Ces expériences, le commun des mortels n’en a peu ou prou entendu parler, et c’est à se demander si même les prétendus experts économiques qui peuplent nos médias s’y sont intéressé un jour (coucou François Lenglet & co). Pourtant des expériences utopiques visant à tirer l’humain vers le haut, il y en a plein les placards de l’histoire.

Ainsi, Rutger Bregman, explique par exemple, que le revenu universel a failli devenir une réalité dans les années 1970 aux Etats-Unis, sous l’impulsion de Richard Nixon, qui s’appuyait sur le “Mincome”, la première expérience sociale de revenu universel grandeur nature réalisée au Canada en 1973. Cette utopie qui aura finalement été mise à mal par le conseiller Martin Anderson quelques jours seulement avant d’être annoncée publiquement par le président des Etats-Unis. « Dans les années 1960 et 1970, des historiens s’intéressèrent à nouveau au rapport de la Commission royale sur Speenhamland et découvrirent qu’une bonne partie du texte avait été écrite avant le recueil des données. Seuls 10 % des questionnaires distribués avaient été remplis. De plus, les questions étaient orientées et les choix de réponses fixés par avance. Enfin, presque aucune des personnes interrogées n’était elle-même bénéficiaire du programme. Tous les éléments provenaient principalement de l’élite locale, et notamment du clergé, dont la vision générale était que les pauvres ne cessaient de devenir plus vicieux et oisifs. »

Bien documenté et sourcé, il démontre entre autres choses, chiffres à l’appui, que non, le pauvre sait gérer son argent et qu’un “pauvre, moins pauvre” ça coûte infiniment moins chers à la société. Il aborde aussi des sujets comme la semaine de 15 h et la nécessité d’y arriver, la problématique des banques, celles des bullshit jobs, la sur-utilisation de l’indicateur du PIB, …

Petit bémol sur le chapitre 8, La course contre la machine.

Bregman appuie une bonne partie de ses propos sur l’étude de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, étude qui prévoit la disparition de la moitié des emplois en seulement 10 ou 20 ans. Bien qu’à priori, j’aurai tendance à être de son avis sur le fond, cette étude a beaucoup de contradicteurs. Notamment sur le fait que les auteurs ont étudié l’informatisation de métiers, et non l’informatisation des tâches qui constituent chaque métier. Avec une analyse basée sur les tâches, des économistes ont ainsi trouvé pour l’OCDE que 9 % des emplois étaient automatisables. Je trouve personnellement ce 9 % très bas, je compte essayer de creuser un peu plus pour me faire un avis plus précis.

Alors oui, des “experts” en économie ont démoli ce superbe travail en s’appuyant uniquement sur cette “erreur”, j’ai même lu un commentaire d’un gars qui disait que l’auteur semble chercher uniquement à confirmer ses thèses plutôt qu’à se poser des questions.

Moi, je n’ai pas envie de retenir ça, ce que je trouve très intéressant dans son livre, c’est l’énergie avec laquelle il cherche des réponses et propose, à contre-courant de tous ces grisonnants formatés & bornés qui ne pensent qu’à répéter que le monde est comme ça et ne peu pas changer. Cette même énergie, je la trouve chez d’autres auteurs de la même génération et je pense que dans le temps elle sera salutaire vu l’avenir qui nous attend.

D’aucun diront que “les jeunes” ont tendance à être optimistes, et que du coup, ils regardent la réalité avec un biais. À cela, moi, je répondrai qu’avant c’était peu être le cas, et qu’avant, “les vieux”, avaient tendance à être sages. Mais ça c’était avant! Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’en France du moins, une bonne partie de la nouvelle génération “des vieux”, celle qui a bien été imprégnée par l’hyper-consumérisme a tendance du coup à l’hyper-frustration, au fatalisme et au final à baisser les bras (autre sujet sur lequel je souhaite revenir sur ce blog).

Bref, en attendant, ce livre pose les bases pour la question suivante: Qu’est-ce qu’on attend ? De l’argent, il y en a ! Taxer les transactions des spéculateurs, récupérer la centaine de milliards de l’évasion fiscale française, faire des lois qui réglementent le Marché, plutôt que de laisser le Marché faire la loi ?
Si l’on attend après le politique, l’auteur rappelle bien que la fenêtre d’Overton n’est pas du bon côté, elle tire trop à droite. Le monde politique actuel ne mouillera pas la chemise, car il ne veut pas risquer de ne pas être réélu. C’est à nous, le peuple, de devenir constituant, de nous emparer de ces sujets, d’en discuter entre nous, avec nos amis, voisins pour qu’ensemble, on reprenne la main sur les politiques. Et ce livre est parfait pour ça, il est à mettre entre toutes les mains, des plus jeunes aux plus vieilles !

Petit rappel :
Avant 1789, la République était une Utopie.
Avant 1848, l’abolition de l’esclavage était une Utopie.
Avant 1881, l’école gratuite pour tous était une Utopie.
Avant 1958, le suffrage (vraiment) universel était une Utopie.
Aujourd’hui, le Revenu Universel et la libre circulation des personnes sont des Utopies.
Les Utopies sont d’abord des idées neuves. Elles ne font que préparer le Monde de demain.

Pour les amateurs de vidéos, Rutger Bregman a fait un TEDx sur le sujet visible ici :

Enfin, je tiens à dire un gros merci à mon ami Peter pour cette découverte littéraire des plus stimulante.
Si quelqu’un a d’autres propositions de lecture du style à me faire, je suis preneur !
À vous les commentaires

3 réponses sur “Utopies réalistes de Rutger Bregman”

  1. Super billet Alex!

    Personnellement je crois la revenu de base n’a pour le moment peu de chance, parce-que nous sommes tellement incrusté dans “le profit”, “la croissance” “le rendement” et surtout une fonctionnement de “nous-même” cristallisé par “l’état” dans la quelle le but inconscient est de gérer/dominer “les autres” au lieu de gérer nous même.

    Pourquoi on oppose “Rousseau” et “Hobbes” au lieu de voir c’est “la même histoire” vue d’un angle entièrement différent!

    Il faut aujourd’hui du (vrai) conservatisme, la liberté, la solidarité et curieusement pour que ça devient vivant il faut une bonne dosage de l’anarchisme.

    On a tellement “peur” pour l’anarchisme on voit même pas qu’on voit même pas qu’on vie dans une anarchisme financier totale.

    1. Moins utopiste ..difficile qd m ..l’outil fiscal, en particulier juguler la moins disance fiscale entre les pays qui permet l’optimisation abusive .Ex:
      La taxation des bénéfices des gafa
      ds les pays où ils sont réalisés ..l’impôt bien pensé pourrait être un formidable outil de redistribution

      1. De toute manière, on le voit avec le glyphosate, il ne faut pas attendre après nos politiques. A nous de boycotter les entreprises qui font du mal à notre société pour les faire changer. Vu qu’Apple ne paie pas ses impôts en France, prochain téléphone regarder du côté du Fairphone par ex 😉

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