Objets du quotidien, ne jetons plus, réparons !

Vous l’avez sûrement remarqué, nos appareils électroménagers durent de moins en moins longtemps. Il y a quelque temps, on a dû trouver un nouveau réfrigérateur pour ma grand-mère, il avait plus de 30 ans, sûrement presque 40! Pour ma part, en une dizaine d’années, j’ai connu deux pannes de réfrigérateurs sur des produits récents ! Alors que tout va toujours plus vite, que la science ne cesse d’avancer, que nous maîtrisons de nouveaux matériaux toujours plus complexes et résistants comment se fait-il que notre électroménager tombe toujours plus souvent en panne ? Que peut-on faire ? Quelles conséquences ?

Le Gifam & l’ADEME

Désirant approfondir le sujet avant de rédiger un billet, je suis tombé sur quelques perles dont je voudrai vous parler. Il faut savoir qu’en France, aucune étude indépendante n’a été menée sur la durabilité des appareils électroménagers de la maison. La seule “étude” disponible est celle qui a été commandée par le GIFAM (Groupement Interprofessionnel des Fabricants d’Appareils d’équipement Ménager) à l’institut SOFRES en 2011. Le GIFAM représente les grandes marques comme Samsung, LG, Roweenta, Keenwood. Bon vous l’aurez compris, cette soit disant étude ressemble plus à une commande pour rassurer le consommateur et lui dire de dormir tranquille à grand renfort de communiqué de presse et de publirédactionnel. D’ailleurs, si l’on regarde les publications de l’époque, c’est drôle de voir le nombre d’articles de presse affirmant que tout va bien pour notre électroménager, publiés juste après cette soit disante étude.

Mais Alex, tu es fou ! Tout va bien, rendort toi !

Les industriels arguent que l’on ne peut comparer la durée de vie des appareils actuels avec ceux de nos parents ou grands parents, car selon eux, on les utiliserait plus. Pourtant, cette même étude du GIFAM les contredit, elle nous annonce que les durées de vie auraient tout juste baissées de quelques mois, alors que l’utilisation de nos appareils n’aurait augmenté que de 8 % pour les laves linge, 11 % pour le réfrigérateur.

Comment une augmentation de l’usage de seulement 10 % peut elle remettre en cause la durée de vie de nos appareils, c’est grotesque!

Plus drôle encore, l’ADEME, cette chère Agence de l’Environnement et De la Maîtrise de l’Énergie, il se trouve qu’elle s’est posée quelques questions sur nos appareils, leur durée de vie et les conséquences environnementales. Pour répondre à cela, ils ont demandé à BIO Intelligence Service S.A.S. de pondre une étude qui sera finalement publiée en juillet 2012.
On aurait le droit de penser qu’un établissement public comme celui-ci s’inquiéterait du manque d’informations à leur disposition pour éclairer leur lanterne. On aurait le droit de penser, qu’avant d’orienter une politique aussi importante pour notre avenir, ils auraient pu commander une vraie étude scientifique sur l’usage de nos appareils et leur durée de vie. Et bien non, ils ont préféré se contenter d’auditionner des membres du GIFAM, des représentants d’organisme de collectes & recyclage tout en saupoudrant un peu de quelques représentants d’associations de défense de l’environnement, histoire de faire bien.

D’ailleurs, on y apprend que :
« Un certain nombre d’acteurs, dont les fédérations de fabricants, les éco-organismes et un acteur de l’économie solidaire, désapprouvent fortement le concept de ” programmation ” de l’obsolescence véhiculée par les ONG environnementales et les associations de consommateurs. Le caractère volontaire de l’obsolescence reste pour eux marginal, sinon inexistant, et reflète des pratiques malhonnêtes, loin de représenter la réalité du travail de la profession.»

Tiens donc !

Pour avoir un tout petit peu d’expérience en électronique, je ne suis absolument pas d’accord avec cela ! J’ai été amené régulièrement à essayer de réparer des appareils hors d’usage et soit les fabricants sont de très gros menteurs, soit leurs ingénieurs sont de gros incompétents ! Car lorsqu’on regarde la fabrication, tout est fait en l’encontre des bases de l’électronique que l’on apprend à l’école : alimentation sous dimensionnée, non-respects des spécifications des composants, placement de composants sensibles à proximité de sources de chaleur, …. Perso, je ne crois pas que cela provienne des ingénieurs, la plupart aiment leur métier et voudraient faire de bon produits, certains d’ailleurs se confessent même sur la toile de leur dégoût de la profession. Une profession de plus qui tombe dans la catégorie des bullshit jobs. Ils pourraient/voudraient faire de meilleurs produits, mais les décideurs les brident pour gagner toujours plus. Cela s’appelle l’obsolescence programmée.

L’obsolescence programmée et l’ampoule

Bien que la durée de vie de nos appareils ait drastiquement baissé ces dernières années, le concept d’obsolescence programmée n’est pas si neuf que ça, en réalité, il date du début de l’utilisation de l’électricité à grande échelle. Quand Thomas Edison commercialise ses premières ampoules à incandescence en 1881, elles ont alors une durée de vie d’environ 1500 heures. Quarante ans plus tard, leur durée de vie atteignait 2300 heures. C’est alors que les principaux fabricants d’ampoule, General Electric, Osram, Philips et d’autres, se réunissent pour échanger des licences, des brevets et réguler la production. Ils donnent naissance au « comité des 1000 heures », dont la mission sera de raccourcir la durée de vie du filament de tungstène afin qu’il ne dépasse pas la durée de vie de 1000 heures. On aurait pu avoir des ampoules avec une durée de vie quasi illimité, on aura finalement eu droit à des ampoules que l’on doit remplacer régulièrement. Pourtant, c’était bien parti quand on regarde l’ampoule centenaire installée dans la caserne des pompiers de Livermore en Californie, 117 ans qu’elle brille d’après les locaux !

Le jour où le monde arrêta de tourner rond

Je me trompe surement, mais lorsque je regarde de vieilles cartes électroniques, j’arrive à faire un parallèle avec la période de création de l’OMC, en anglais WTO pour World Trade Organization. Les conceptions sont faites pour durer et progressivement entre 1995 et les années 2000 tout est parti en c***, heu cacahuètes, bizarrement, au même moment où l’on nous a vendu le concept magique de la main invisible qui régule les marchés. Avant les produits étaient réputés pour durer et d’ailleurs plusieurs pays brillaient pour leur domaines respectifs (le japon pour la hi-fi avec son fleuron Sony, les USA pour les télécommunications avec Motorola, …)

Dans les années 2000, on a commencé à bien sentir l’obsolescence programmée s’installer massivement, les informaticiens se rappelleront d’ailleurs de l’épidémie de condensateurs foireux des cartes mères MSI qui inondaient à l’époque le marché à bas prix. Et cela a continué insidieusement à s’installer sans qu’on n’y redise quoi que ce soit, jusqu’à en arriver à des aberrations comme celle de souder la batterie des téléphones mobiles initiée par Apple , ou le noyage des composants dans de la résine pour empêcher toute réparation.

La guerre des prix ou le calcul erroné

On n’a rien voulu voir, car ce qui importait le plus c’était le prix. En gros, combien je vais pouvoir économiser en faisant jouer la concurrence pour acheter une connerie de plus. Et à l’époque, malgré déjà plusieurs alertes, les questions écologiques n’étaient vraiment pas au rendez-vous. Pourtant, si l’on regarde les parties sensibles de la conception des cartes électroniques comme celle d’un écran plat par exemple, une meilleure conception coûterait tout au plus entre 5 et 10 % pour une augmentation de durée de vie de 2 à 8 fois supérieure à l’actuelle. Que représente une augmentation de 40 € sur le prix d’un téléviseur à 500 € s’il dure 10 ans à la place de 2 comme la plupart des Samsung et LG actuels ? Alors pour ceux qui comptent changer prochainement de téléviseurs, il semblerait que les Japonais Sony et Panasonic ont tendance à concevoir des produits ayant une durée de vie un peu plus élevé, pour le moment …
Bien qu’on a commencé à prendre conscience que l’électronique ça pouvait polluer, ils ont trouvé la parade et nous ont inventé le fameux concept fumeux du développement durable. Ne vous inquiétez pas, on va recycler qu’ils disaient, et d’ailleurs, on va en profiter pour vous faire payer un peu plus de taxe ! Voilà que l’éco-taxe arrive en 2005.
Sauf que, 13 ans après, seulement un tiers des déchets électronique sont recyclés, le reste est enfouis sous terre en France quand ça gueule pas trop, le reste est envoyé discrètement dans des décharges africaines en dissimulant la qualité réelle de la marchandise sous le terme de matériel d’occasion. Sauf qu’en Afrique, ce n’est pas du matériel fonctionnel qui arrive, mais presque que des déchets inutilisables !
Aujourd’hui, la plupart des téléviseurs actuels vendus ont une durée de vie tout juste égale à la garantie fabricant, en France, c’est entre 7 et 9 millions de téléviseurs que l’on achète chaque année. Que va-t-il se passer quand ce nouveau parc va tomber en panne en même temps ?
Pire encore, ces technologies utilisent massivement ce que l’on appelle les terres rares, en gros, c’est un groupe de métaux rares très utiles par leurs propriétés électriques et déjà à la base, peu disponibles sur notre planète. Or, ces terres rares, on ne sait absolument pas les recycler et les valoriser. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) s’inquiète seulement en 2013 de commencer à trouver des solutions plus particulièrement sur le recyclage des aimants de disques durs.
Il reste du travail ! Surtout que, selon Terra Eco, il nous reste seulement moins de 10 ans de réserve pour le Lithium, l’argent 13 ans et le palladium 15 ans. Attention, qui dit tensions sur l’approvisionnement de tels marchés dit souvent crise économique pas loin !
Enfin, la production de ces appareils demande un très lourd parc industriel en amont. À titre d’exemple, la fabrication d’une télévision à écran plat 32 pouces engendre les émissions de 1,2 tonne équivalent CO2, soit 12 % du bilan carbone annuel d’un Français. La majorité de ces émissions sont importées, principalement des pays asiatiques où se situent les unités de production et où le charbon domine largement la production électrique. Tu le vois l’enjeu pour le réchauffement climatique ?

Que faire ?

Si l’acte d’achat neuf est inévitable, déjà renseignez vous sur la politique commerciale de la marque. Certaines comme Moulinex se sont engagées sur la réparabilité des produits notamment sur la disponibilité des pièces de rechange dans la durée. De nouveaux produits poussés par la nouvelle génération arrivent aussi sur le marché. Dernièrement, j’ai découvert le projet d’un jeune de 26 ans, Julien Phedyaef, qui s’apprête à lancer l’Increvable ! Une machine à laver à monter soi-même, démunie des pièces difficiles, voire impossibles à remplacer et dont chaque composant peut être recyclé. En voilà une bonne idée ! Espérons juste que les membres du Gifam ou autres lui mettrons pas des bâtons dans les roues !

Avant d’acheter du neuf, regardez les solutions près de chez vous pour trouver la même chose d’occasion. Leboncoin et les magasins d’occasion peuvent être de bonnes pistes.

Si ce n’est pas le premier billet de ce blog que vous lisez, vous l’aurez compris, je suis persuadé que l’on ne va pas traverser une bonne période dans les années à venir. De ce fait, il me semble que la course aux prix est un très mauvais calcul. Lorsque la prochaine crise va arriver, que nous auront des moyens d’investissement limité, que va-t-on faire avec notre électroménager bon à jeter ? Il est temps de se poser des questions sur quoi à-t-on besoin réellement, est-ce que cela pourra durer dans le temps et quel coup pour notre planète de rajouter un produit neuf dans la nature.

Vu les dernières “innovations” pour rendre irréparable le matériel, j’aurai tendance à inciter à réparer un maximum l’actuel qui l’est encore réparable! Il reste quelques très bons réparateurs dans les villes, n’hésitez pas à les faire travailler avant qu’ils disparaissent.

Si vous ne trouvez pas de réparateur, ou qu’il est débordé, regardez s’il n’existe pas un repair café près de chez vous. Dans ces structures, très souvent associatives, des passionnés de bricolage et d’anciens professionnels bénévoles vous aident à apprendre à réparer ordinateurs, cafetières et autres objets du quotidien.

Autre pistes possibles
Bien qu’avant tout plutôt destiné à la création plus qu’à la réparation, dans les Fablab vous trouverez aussi des passionnés prêt à vous donner un coup de main.
En gros, le principe des fablabs est le même que celui des hackerspace et makerspace, c’est-à-dire un lieu où l’on partage de l’espace, des machines, des compétences et du savoirs. Pour les habitants du sud Aveyron, un fablab a été lancé à Millau au second étage du CREA, en attendant de pouvoir l’installer au sous-sol à la place de l’ancienne médiathèque. Vous trouverez plus d’infos sur leur site : https://www.millaulab.fr/
Certains magasins sont aussi spécialisés dans le recyclage, ce sont les brocanteurs et les antiquaires, il y a souvent des bonnes affaires même si le prix peut paraître plus cher sur l’étiquette, les objets qui sont vendus ont déjà réussi l’épreuve du temps, ils dureront plus longtemps et seront donc moins chers sur la durée. Toujours à Millau, vous trouverez par exemple l’excellent Magazin Général où l’on y trouve de superbes objets. N’hésitez pas à aller y faire un tour, la boutique est magnifique !

Alors voilà, j’ai bien conscience que mon pamphlet ne changera pas le monde, que seul les plus motivés en lecture, où par le sujet abordé iront jusqu’au bout de ce billet, mais il faut bien essayer ! D’ailleurs à ce propos, je serai très intéressé pour échanger avec des psychologues ou des chercheurs en neuroscience pour comprendre quels peuvent être les leviers pour toucher la population de masse sur ces sujets. N’hésitez pas à vous manifester !

Alors, … Quels sont les appareils que vous avez remplacé récemment ? Pensez-vous qu’ils vont durer dans le temps ?

Quelques références
https://www.gifam.fr/
http://ademe.typepad.fr/files/dur%C3%A9e-de-vie-des-eee.pdf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ampoule_centenaire
http://www.brgm.fr/sites/default/files/dossier-actu_terres-rares.pdf
http://www.brgm.fr
https://www.youtube.com/watch?v=NljCDGhFjFc

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