NDDL : Un regard sur la communication gouvernementale

Si diviser pour mieux régner est la maxime fétiche de notre président de la République pour appliquer son programme (le vrai pas celui qui était sur le papier), la communication est son arme favorite. Illustration de cette méthode avec la ZAD (Zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes avant de vous servir quelques pistes de réflexion sur le sujet de la ZAD.

Peu importe le sujet, c’est la recette magique appliquée systématiquement par notre gouvernement actuel pour faire passer les réformes qui risquent de créer de l’opposition.

  1. opposer les gens sur un sujet (SNCF, Retraite, Hôpitaux, NDDL, ….)
  2. utiliser les failles de la presse mainstream pour diffuser un discours unique — et bien souvent mensonger — qui aurait fait pâlir l’ORTF

Que ce soit avec la SNCF où il était facile d’opposer cheminots et voyageurs ou avec la ZAD, où l’on oppose des altermondialistes & écolos à la classe ouvrière, la méthode est la même : stigmatiser les uns pour énerver les autres et ainsi créer une division dans l’opinion publique relayée à grand coup de communiqués de presse.

Il faut dire que le travail est facile pour Macron. Depuis une dizaine d’années, quelques milliardaires ont pris le contrôle quasi-total des médias français. Ces oligarques, venus de l’armement, du luxe, du BTP ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pas pour faire de l’argent directement, mais pour asseoir leur influence en France et notamment auprès des politiques. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine… Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques-uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique.

Avec la presse française en si mauvais état, il lui a suffi de faire “quelques” cadeaux aux milliardaires dès son arrivée au pouvoir pour qu’ils lui mangent dans la main.

Généralement, lorsqu’un média est racheté, une des premières choses qui est faite par le conseil d’administration, c’est de procéder à une valse des directeurs afin que ceux nommés soient en accord avec les idéaux de la direction. De fait, ceux-ci n’ont aucune marge de manœuvre dans la ligne éditoriale du média, la vie de leur poste en dépendant, ils orienteront l’information en fonction du propriétaire et des administrateurs en place
C’est ainsi que l’on se retrouve avec des journalistes qui ont les mains liées, ne pouvant faire leur travail d’investigation, et bien souvent lorsqu’ils le font quand même se font taper sur les doigts par leur hiérarchie. Si l’article est très gênant, il ne passe pas à l’impression, sinon il est dépouillé pour être plus en accord avec les attentes de la direction. Au fait, savez-vous qui compose les conseils d’administration des groupes de presse ? Les 3/4 du temps, ce sont les mêmes personnes qui composent aussi des conseils d’administration d’autres gros groupes, ou, qui y ont siégé par le passé. Vous le voyez le problème de copinage ? Eux visiblement non.

On pourrait parler aussi de la théorie de la gestion de la peur utilisé par les médias, mais ça serait trop long, ça viendra plus tard. En résumé, la peur fait recette. On comprend pourquoi si l’on regarde du côté du fonctionnement du cerveau. Cette émotion négative suspend la réflexion critique en libérant dans le cerveau une molécule, le cortisol. Cette molécule perturbe le fonctionnement des zones frontales du cerveau, nécessaires à l’évaluation rationnelle de la situation. En gros, comme des drogués, on se prend des shoots à l’information négative, et comme des drogués, on analyse mal la situation.

Croiser l’info et éviter les biais cognitifs.

On nous présente souvent le journaliste comme quelqu’un qui peut avoir des opinions personnelles, mais s’il travaille bien, ses opinions ne doivent pas apparaître dans son travail. Sauf qu’en psychologie, il a été prouvé que même si lui-même et ses responsables étaient le plus consciencieux du monde, ça ne marche pas toujours à cause des biais cognitifs notamment pour le cas de la presse le biais de confirmation.
Selon Wikipédia, le biais de confirmation, « également dénommé biais de confirmation d’hypothèse, désigne le biais cognitif qui consiste à privilégier les informations confirmant ses idées préconçues ou ses hypothèses (sans considération pour la véracité de ces informations) et/ou à accorder moins de poids aux hypothèses et informations jouant en défaveur de ses conceptions. Les personnes manifestent ce biais en rassemblant des éléments ou se rappelant les informations mémorisées, de manière sélective, et les interprétant d’une manière biaisée. On dit aussi que les personnes ” tirent la réalité ” à elles ».
Il est donc primordial lorsqu’on attache une certaine importance à une information de croiser cette information à minima avec celle d’un autre média idéologiquement opposé. Et, vu ce que j’expliquais précédemment sur le fais que la presse française appartient à quelques oligarques, il devient tout aussi important de croiser ou puiser l’information avec d’autres types de sources, je pense notamment aux journaux totalement indépendants (financés uniquement par des abonnements, pas de subventions, pas de publicités), aux blogs, aux réseaux sociaux, …
La publicité arrivée en masse ces deux dernières décennies dans la presse, il est aussi important de garder en tête qu’elle enlève une part de liberté d’expression aux médias. J’ai eu l’occasion dans un grand journal de voir un papier assez négatif sur la sortie d’un nouveau produit retiré de la validation avant publication et remplacé par un article élogieux pour la marque. Entre temps, on m’avait demandé de mettre en place une campagne publicitaire commandée par cette même marque. Simple coïncidence ?

Donc, si on résume, l’information de la presse mainstream est biaisée par les attentes de ses dirigeants et propriétaires. Et qu’attendent ces gens-là ? Des sous, bien sûrs ! Que ce soit sous forme de subventions, de crédits d’impôt, de suppressions de taxes ou autre, ils veulent gagner plus ! Et à ce petit jeu-là, ils doivent énormément au gouvernement Macron qui n’y est pas allé avec le dos de la cuillère dans ce domaine. Les services étatiques n’ont plus qu’à publier rapidement un communiqué de presse dès qu’il se passe quelque chose et hop, toute la presse mainstream reprend ce communiqué pour argent comptant.

Le cas de la main arrachée à la ZAD

Ce mardi 22 mai vers midi, un manifestant qui s’opposait aux opérations d’expulsions menées sur la ZAD a été mutilé par l’explosion d’une grenade à « effet de souffle » dite GLI-F4. En effet, Maxime, 21 ans, a dû être amputé de la main droite au CHU de Nantes suite aux blessures causées par l’explosion de la grenade. Dans cette logique du biais de confirmation, on pouvait lire les premières heures du drame sur les réseaux sociaux pro-zadistes qu’il n’avait pas essayé de la ramasser. Cependant, son avocat ne donne pas cette version des faits : « Maxime n’est pas un zadiste. Il a conscience de son geste stupide. Il a ramassé la grenade en pensant que ce serait une munition de moins pour les gendarmes. Elle a explosé. »
Mais ici n’est pas le plus important, regardons le premier communiqué publié très rapidement après l’incident par le ministère de l’intérieur.
“Une cinquantaine d’opposants radicaux cagoulés se sont attaqués aux forces de l’ordre en leur jetant notamment des cockatils molotov et des projectiles. Pour défendre leur intégrité physique et disperser le groupe d’activistes, les gendarmes mobiles ont procédé à des jets de grenade (sic) lacrymogènes de type F4, comme il est d’usage dans ce type d’opération.”
La caricature même ! Genre les vilains hippies qui étaient cagoulés comme des vilains terroristes ont menacé la vie des gendarmes, c’est pour cela qu’on a été obligé de les déloger avec de gentilles grenades lacrymogènes. Si vous suivez un peu de près les livestreams des affrontement ça ne tient pas la route une seconde. Qui plus est, remarquez comment on insiste sur la fonction lacrymogène de la grenade GLI-F4 sans parler de sa fonction sonore et surtout a effet de souffle donc explosive.
Pourtant, d’après un gendarme interrogé par le journal le Parisien, la GLI-F4 est une arme qui est pensée pour n’être utilisée qu’en dernier recours (avant de sortir les armes létales) dans le cadre du maintien de l’ordre :

« Quand tu sors les F4 et assimilées, ça n’a rien à voir avec les simples grenades lacrymogènes ou de désencerclement que tu utilises pour te donner de l’air. Dans la gradation d’usage de la force, les F4 se placent désormais juste avant les armes à feu ».
Un jeune a quand même perdu sa main pour défendre ses idées politiques, mais voilà quelques heures après le drame, c’est uniquement dans le sens du communiqué du ministère de l’Intérieur qu’était présentée l’information, à ce moment-là presque aucun média essai d’avoir une information contradictoire, il faut publier vite ! Très vite ! Et l’on sait qu’en information, c’est celui qui publie le plus vite qui a raison, les démentis auront beau arriver après coup, dans l’opinion publique, c’est quasiment toujours la première information qui restera en tête.

Pour rester dans l’analyse de la communication, durant le mois d’avril une polémique à eu lieu sur le fait que les forces de l’ordre auraient empêché aux journalistes d’accéder à la zone. C’est faux ! On peut facilement le voir pendant les livestream il y a toujours quelques journalistes qui sont sur place. Cependant, les forces de l’ordre ont mis en place une cellule de communication comportant notamment de la production audiovisuelle, ils enjoignaient alors les journalistes à se contenter de cette source d’information pour ne pas prendre de risques. Je trouve très drôle qu’aucun des grands médias ne se soit offusqué de cette méthode qu’ils ont l’habitude de dénoncer lorsqu’il s’agit d’un pays présenté comme une dictature ou d’un meeting du FN.

Toutes ces méthodes, et d’autres font que la perception de ce qui se passe réellement sur la ZAD ainsi que les enjeux défendus sont présentés de façon totalement biaisé. Ces deux derniers mois, j’ai beaucoup lu la presse (de touts bords) ainsi que les commentaires postés sur les réseaux sociaux. J’en ai tiré une liste non-exhaustive d’arguments que je souhaite démonter, car ils participent en mon sens à l’incompréhension des réels enjeux.

Ce sont des terrains privés, ils n’ont plus rien à faire dessus.

Totalement faux, actuellement seulement 150 hectares appartiennent à Vinci, suite à des négociations à l’amiable, les 850 autres ont été préemptés par l’Etat français, plus exactement par le département. C’est donc d’une notion de bien public et non de bien privé que l’on parle.
Les zadistes se sont battus pour empêcher l’installation d’une idée anti-écologique qui datait d’il y a 50 ans et mettre en place la démonstration qu’une autre agriculture est possible. C’est dans cette logique que l’Acipa, association de riverains, soutient un modèle d’agriculture autogérée inspiré de celui du Larzac, avec un État qui resterait propriétaire des terres, et une gestion assurée par les agriculteurs, sous la forme d’un bail emphytéotique.
Mais les enjeux sont énormes et les pressions se font ressentir. La FNSEA ne voit pas cela d’un bon œil, elle préférerait que ces terrains aillent grossir le foncier de leurs adhérents surtout s’ils peuvent démonter un projet qui va à l’encontre de leur agriculture néo-libérale.

Les vilains hippies violent la loi.

Si l’on prend les choses littéralement, peut-être en partie, mais comment blâmer des gens qui luttent en plantant des carottes quand on voit des politiques qui détournent des millions d’argent public et vont jamais en prison (Coucou Cahuzac) ou des ultra riches comme Bernard Arnault qui sont cités dans les Panamapapers et ne sont pas inquiétés ?

Les agriculteurs ne sont pas d’accord avec les zadistes.

Alors si l’on prend uniquement la FNSEA comme source d’information, effectivement, ils ne sont pas d’accord. Par contre, lorsqu’on regarde les agriculteurs qui ont refusé les expropriations à l’époque, ceux-ci avaient demandé de l’aide à la FNSEA qui les avait laissé tomber salement. C’est à ce moment que les agriculteurs sur place ont compris qu’ils avaient un intérêt commun avec les zadistes. Ils se sont alors rapprochés et ont commencé à se battre ensemble, la Confédération paysanne s’est aussi engagée dans la lutte.

Les agriculteurs ont touché de l’argent, ils n’ont plus rien à faire sur ces terrains.

Encore une fois partiellement faux, les agriculteurs expropriés ont bien eu la possibilité de toucher de l’argent pour les dédommager de l’expropriation. Mais une bonne partie de ceux qui ont décidé de résister on laissé cet argent sous séquestre pour notifier leur désaccord avec l’expropriation. Depuis des années, ils n’ont pas pu profiter librement de leur propriété, qu’elle soit financière ou foncière.

Pour rester sur ces concepts de propriété privé et de légalité, je voudrais dire à ceux qui crient au scandale sur les réseaux sociaux, que j’espère qu’ils boycottent de façon massive les supermarchés au moins !
En effet, une lanceuse d’alerte, avec son association de petits commerçants baptisée “En toute franchise” lutte contre les pratiques abusives des grandes surfaces, notamment les irrégularités dans leurs projets d’implantation ou d’extension où ils excellent. D’après les calculs de l’association, les hypermarchés doivent à l’Etat, à titre d’amendes pour extensions illégales… 418 milliards d’euros ! Et ce, pour la seule région PACA. Commençons par nous occuper de ceux qui nous pourrissent vraiment la vie et notre système social avant de s’occuper de quelques manifestants qui plantent des choux non ?

Les moyens déployés par les forces de l’ordre.

Je trouve impressionnants les moyens en homme comme en matériel qui ont été déployés sur NDDL. Est-ce qu’on pourrait avoir une explication sur l’urgence de NDDL alors que tous les jours les habitants de certaines cités françaises se plaignent du manque de moyens de la police pour lutter contre les trafics mafieux ? C’est vrai qu’un dealer ou un trafiquant d’armes est moins dangereux qu’un zadiste !

400 000 € par jour
Ce chiffre revient très souvent et n’est pas démenti par le gouvernement, certains parlent même de plus. Presque un demi-million dépensé par jours en lacrymogène et autre, des blessés grave des deux côtés…. On ne l’a pas largement dépassée le prix du terrain en violence ??

Les vilains hippies touchent le RSA.

Peut-être certains, mais pas tous, dans une logique de philosophie anarchiste, une partie refuse les aides sociale par exemple ! De plus, je pense que l’on est encore sur du deux poids, deux mesures… Un peu comme les gens qui crient au scandale de la fraude aux aides sociales (qui nous coûte par français un peu plus de 6€/mois) mais qui ne parlent jamais de la fraude fiscale (qui nous coûte à tous un peu plus de 136€/mois)…

Nicolas Hulot et la préfecture leur ont laissé une chance de déposer un dossier.

Encore une fois, cette information est fausse en partie. Le souhait des zadistes étaient de mettre en place un projet collectif et non pas individuel, dans cette logique d’une agriculture alternative. Ce concept dérangeant visiblement beaucoup les plus hautes instances, Nicolas Hulot & Nicole Klein ont laissé qu’une possibilité, celle d’un dépôt de dossier individuel et nominatif histoire de tuer le poussin dans la coquille.

Vu l’état de notre planète, l’heure est très grave ! Et, il est temps que les Français arrêtent de s’informer uniquement par la presse mainstream. On le voit avec l’exemple de NDDL, si l’on se contente de BFMTV ou du journal de TF1, l’information ne va pas dans le sens du mieux pour le citoyen, mais du mieux pour les plus riches et puissants. Il faut impérativement, tous autant que nous sommes, que nous faisions cet exercice de croisement de l’information, à la portée de tous avec un petit effort.
Le journal Bastamag a créé un portail qui recense une sélection de journaux libres et indépendants, ça peut être une bonne piste de départ pour se désintoxiquer de l’information que l’on a l’habitude d’ingurgiter en fermant les yeux. https://portail.bastamag.net/

Et vous quelles sont vos sources d’informations ?
Quel est votre avis sur NDDL?


Quelques références:
https://www.francetvinfo.fr/economie/commerce/video-selon-une-lanceuse-d-alerte-les-hypermarches-doivent-a-l-etat-418-milliards-d-euros-pour-la-seule-region-paca_2205714.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation
http://www.leparisien.fr/faits-divers/nddl-la-grenade-gli-f4-ultime-recours-avant-l-arme-a-feu-23-05-2018-7731543.php
https://www.lci.fr/societe/notre-dame-des-landes-gendarmes-crs-huissiers-le-plan-des-forces-de-l-ordre-pour-l-expulsion-des-zadistes-2083971.html

56 mm GLI F4


https://checknews.liberation.fr/question/74891/est-il-vrai-que-la-grenade-gli-f4-qui-a-grievement-blesse-un-homme-le-22-mai-est-deconseillee-en-raison-de-sa-dangerosite

Le cri d’alarme d’un belge blessé en France par une grenade GLI-F4


https://zad.nadir.org/spip.php?article5875
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/10/17/idee-recue-n-3-la-fraude-aux-prestations-sociales-est-massive_5201885_4355770.html
https://www.aide-sociale.fr/infographie-fraude-sociale-particulier-entreprise/

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