Glyphosate : quels sont les dangers?

Avant de vous parler de ce qui s’est passé ces derniers jours concernant le glyphosate, je souhaite faire un petit tour d’horizon sur ce que j’ai pu comprendre des dangers de celui-ci.

Bon, déjà, reprenons depuis le départ, le glyphosate, c’est quoi ? C’est une molécule chimique (présente dans le Roundup de Monsento par ex.) qui est un herbicide systémique pénétrant par les feuilles et ensuite véhiculé dans la plante jusqu’aux racines. Il est un des produits fétiches des agriculteurs conventionnels, car il permet de faire un carnage sur ce qu’ils appellent les mauvaises herbes. En gros, ils pulvérisent ça à la surface et quelques jours après ils peuvent replanter sans que la végétation étouffe les graines plantées. Mais certains agriculteurs s’en servent aussi pendant la croissance lorsque les cultures sont résistantes et juste avant la récolte pour la faciliter.

L’application d’un herbicide total, est forcément néfaste pour la biodiversité des champs. La faune présente à la surface de la terre participe normalement à la régénération du sol et a besoin de la faune déjà présente. L’utilisation systémique de tels produits affaiblis la biodiversité et donc la capacité d’auto régénération des sols, et cet impact sera d’autant plus grave lorsque les applications de glyphosate sont répétées. On sait pourtant qu’une biodiversité appauvrie réduit la durabilité globale des systèmes de productions agricoles. En gros, les agriculteurs se tirent eux même une balle dans le pied.

Concernant les effets des produits phytosanitaires du type herbicide systémique sur la biodiversité, il y a beaucoup de problème, par exemple :

  • ils détruisent dans les parcelles traitées les plantes qui fournissent de la nourriture aux papillons et abeilles alors qu’on sait que ces insectes sont nécessaires pour polliniser nos champs, sans eux pas de fruits ! Il n’y a pas que les néonicotinoïdes qui affectent les colonies abeilles.
  • ces traitements affectent aussi les oiseaux des champs tels que la perdrix et l’alouette ;
  • lorsqu’une parcelle est pulvérisée plusieurs fois, on observe un effondrement des colonies d’insectes auxiliaires (qui ne trouvent plus leur nourriture) et par contre l’augmentation de la présence d’insectes nuisibles (qui ne sont plus biologiquement régulés par des auxiliaires). On se retrouve alors à remettre un coup de chimie dans les champs pour éliminer cette fois-ci les insectes nuisibles, et un autre pour fertiliser les sols maintenant morts. Les agriculteurs rentrent alors dans une spirale infernale où il faut pulvériser en permanence et du coup, le gain de temps au départ (élimination rapide des adventisses) est perdu aussi vite.

Mais le glyphosate n’est pas que mauvais pour la nature, il l’est aussi pour nous !

Bon par contre, pour démêler le vrai du faux, là-dessus, il faut s’accrocher ! BASF, Monsento & co travaillent d’arrache-pied à démolir les études et en produire d’autres qui contredisent les premières. L’OMS, par l’intermédiaire du CIRC, a en 2015 classé le glyphosate comme étant probablement cancérogène. Une étude de l’AHS aux USA a prouvé le doublement des leucémies chez les agriculteurs utilisant le glyphosate. D’autres études ont prouvé l’effet néfaste du glyphosate à micro-dose, c’est à dire lorsque la molécule est présente en quantité infime. En Argentine, suite à une forte élévation du nombre de cancers et de malformations congénitales après l’arrivée des OGM, on a évalué les effets d’une exposition au glyphosate sur le développement d’embryons de vertébrés. Selon les résultats de leur étude, les embryons traités présentaient de sévères anomalies.

 

Dans les Monsento Leaks, on apprend que, dès 1999, l’entreprise Monsanto « s’inquiétait sérieusement […] du potentiel mutagène du glyphosate », pourtant ils ont continué à le commercialiser sans changer une ligne dans les conseils d’utilisation. Monsanto évite aussi de faire des études sur les effets du Roundup, visiblement plus dangereux que le glyphosate seul. En 2003 l’entreprise reconnaissait en interne ne pas avoir fait de test de cancérogénicité sur son produit phare. En mars 2002, les Pays-Bas demandent à Monsanto de réaliser des tests cutanés concernant le glyphosate, Monsanto commence l’étude, mais décide de l’arrêter prématurément car les résultats risquaient de dépasser les seuils autorisés en Allemagne.

Enfin le glyphosate a un coût que l’on paye vous & moi !

Non-content qu’il augmente les problèmes de santé et donc le coût de prise en charge de la population par la sécurité sociale, on paie très chers aussi la dépollution de l’eau potable.
Conséquence de son usage déraisonné, c’est l’une des molécules que l’on retrouve le plus facilement dans les eaux superficielles françaises. Dans les cours d’eau des Pays de la Loire comme dans bien d’autres régions, l’AMPA (glyphosate dégénéré) est le pesticide le plus fréquemment quantifié. En 2015, il est présent dans plus de 83 % des prélèvements (82 % en 2014) et à des concentrations presque systématiquement supérieures aux 0,1 μg/l admis dans la directive UE sur la potabilité de l’eau.
Le glyphosate s’infiltre donc dans nos nappes phréatiques, et cette forte présence entraîne de très importants surcoûts de traitement des eaux pour les rendre potables.
Le pire, c’est que même si on arrête demain le glyphosate, ces surcoût continueront pendant des années à l’image de l’atrazine, interdite en 2001, que l’on retrouve toujours en quantité dans l’eau.

Donc, si on résume, le glyphosate, ça détruit tout ! Les agriculteurs, leurs champs, nous et notre portefeuille ! Pourtant, les expérimentations de ces dernières années ont largement prouvé que même en agriculture intensive, on peut produire de façon agroécologique. Alors pourquoi continuer ? Prochain billet, j’y reviens dessus.

Pour finir de faire le tour sur les dangers du glyphosate, je vous laisse un petit envoyé spécial à regarder :

Sources:
https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/18/ce-que-les-monsanto-papers-revelent-du-roundup_5096602_3244.html
https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/10/05/soupcons-sur-les-substances-ajoutees-au-glyphosate-dans-les-produits-formules_5196290_3244.html
http://www.cbd.int/2011-2020/goals/
http://ec.europa.eu/environment/nature/biodiversity/intro/index_en.htm
http://www.cbd.int/agro/
http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/tx1001749
https://www.lemonde.fr/planete/article/2009/01/09/le-desherbant-le-plus-vendu-au-monde-mis-en-accusation_1139824_3244.html
http://www.atlantico.fr/pepites/monsanto-pratiques-desinformations-utilisees-pour-publier-etudes-favorables-au-glyphosate-3183677.html
https://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2017/11/26/quand-monsanto-qualifiait-de-science-pourrie-la-derniere-etude-dedouanant-le-glyphosate_5220720_3244.html

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