Glyphosate : Ce qu’il faut dire !

Opération déminage en cours au gouvernement ! Les politiques s’efforcent de mettre fin à la polémique qui ne désenfle pas, dix jours après le rejet à l’Assemblée nationale d’un amendement visant à inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate d’ici à 2021. Peut-être que s’ils écoutaient un peu plus les citoyens et un peu moins les lobbies ce travail de déminage n’aurait pas lieu d’exister !

Le natif aveyronnais Richard Ferrand a sorti l’artillerie lourde niveau communication, en tant que président du groupe LREM à l’assemblée, il a proposé lundi 4 juin la constitution d’une mission parlementaire pour « s’assurer de la progression des travaux nécessaires », afin de « parvenir dans trois ans, sauf rares exceptions, à renoncer à l’utilisation du glyphosate ». Avant de continuer avec des éléments de langage du type : « Notre mobilisation doit continuer pour tenir cet objectif ».

Cela fait maintenant plus de 10 ans que scientifiques, ONG et journaux alertent très régulièrement sur les dangers du glyphosate, j’ai fait un petit récapitulatif de ses effets néfastes ici. L’opinion publique a intégré cette notion, et c’est d’ailleurs en ce sens, que Macron avait fait la promesse dans son programme d’interdire cette substance pour élargir son électorat du côté des écolos. Pourtant, un an après son arrivée au pouvoir, la majorité ainsi que la droite ont voté contre l’interdiction du glyphosate. Que s’est-il passé ? Que faire ?

Déjà, commençons par analyser ce qui s’est passé au moment même du vote, à l’Assemblée nationale, naviguons dans les magouilles politiciennes des LREM. Cela faisait déjà une semaine que les députés travaillaient sur le projet de loi EGALIM (États Généraux de l’Alimentation), sur ce genre de gros projet de loi, le travail commence très souvent à 9 h 30 et fini pas avant 1 h du matin. Ce mardi 29 mai, à 1 h moins deux minutes, le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats pour voter l’amendement qui visait à interdire la molécule.
Pour reprendre les propos de Ruffin, « Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu’il ne l’est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l’hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs. »
Et oui ! Le problème, il est là, c’est que la clique à Macron ne veut pas que l’interdiction passe, du moins le plus tard possible, chaque année gagnée, c’est des milliards en plus pour les multinationales et leurs actionnaires ! Concernant cette pratique, elle très courante à l’Assemblée nationale, quand un texte dérange la majorité, celle-ci le fait passer à un moment où l’hémicycle est presque vide en prenant soin d’appeler juste avant suffisamment de collègue pour voter dans la direction qui les arrange. Mais je vous rassure, PS & UMP ont aussi utilisé grassement cette méthode, ce n’est pas nouveau,  très jaconbin, et surtout très dégueulasse pour les Français!

Résultat, le lendemain matin, on apprend dans les journaux que l’interdiction du glyphosate n’est pas passée, l’ONG Agir pour l’Environnement monte rapidement un trombinoscope affichant les députés considérés comme pro-glyphosate et là ça s’emballe sur les réseaux sociaux. Que ce soit sur Twitter ou Facebook, les députés qui ont voté contre l’interdiction se sont littéralement fait lyncher, j’imagine que ça a dû être sympa aussi pour les collaborateurs parlementaires qui recevaient les mails. Mais en politique, il ne faut pas perdre la face, encore moins reconnaître ses erreurs, c’est alors que chacun a essayé de justifier son acte de façon plus ou moins honnête, voici une liste non-exhaustive des justifications que j’ai pu lire :
– “On travaille dessus, ce sera interdit pour 2021”, en même temps, c’était l’objet de l’amendement l’interdire pour 2021, pourquoi repousser ?
– “On est contre la sur-transposition des directives de l’UE”, quand on voit où l’UE nous amène pour le moment, il faudrait peut-être y penser non ?
– “Vous comprenez, il faut que les agriculteurs s’adaptent”, c’était pourtant le but de l’amdt, laisser 3 ans aux agriculteurs.
– “Il est impossible de cultiver sans glyphosate”, ???? Totalement faux en agroécologie intensive on produit en quantité industrielle sans ce produit.
– “Oui, mais en Europe ça sera pas interdit du coup la France ne sera pas compétitive”, peut être que beaucoup plus de citoyens auraient acheté plus français dans ce cas et du coup aidé nos agriculteurs.

Je tiens à revenir sur l’argument de la surtransposition qui a été martelé majoritairement par les LREM. Dans ce cas, s’il est réellement impossible pour la France de décider ce que l’on met dans notre terre par une interdiction, pourquoi ne pas motiver ceux qui ont un bon comportement par une subvention ? C’était pourtant l’objectif des aides au maintien en agriculture biologique que Macron a fait supprimer l’année dernière. Seules les aides à la conversion, on été maintenues pour une durée de 5 ans. Quand on sait qu’en agroécologie, un champ abîmé par la chimie et le labour met en moyenne 5 ans à produire normalement, ce serait bien de leur laisser un peu plus de perspectives non ?
D’ailleurs durant cette période de justifications sur les réseaux sociaux, j’ai eu aussi l’occasion d’observer une autre pratique politicienne répendue visiblement, effacer les commentaires des citoyens, voire pour certains d’entre eux des changements d’argumentaires en effaçant leurs propres publications. C’est malhonnête certes, mais surtout une preuve de la naïveté des politiques concernant internet. Les copies d’écrans ça existe, et je suis persuadé que certains paieront un jour le prix de leur condescendance.

Les vraies raisons

On ne va pas se mentir, c’est qu’une histoire de gros sous. Une interdiction entraînerait inévitablement une légère augmentation que les grands groupes distributeurs, n’étant pas très en forme en ce moment, ils ne veulent pas assumer ce surcoût, ils font alors du chantage au licenciement. Du côté de la production, les coopératives agricoles réalisent des marges considérables sur les ventes de ces produits, du coup elles n’hésitent pas à faire pression sur les députés ruraux, et chez les députés ruraux qui n’a pas un oncle, un cousin, un ami agriculteur ou qui travaille dans ces coopératives? Enfin, cette molécule est un élément central de la stratégie commerciale des géants de l’agrochimie, comment vendre des graines brevetés qui résistent au Roundup s’il n’y a plus de Roundup? Ces firmes n’hésitent pas à bourrer le mou des politiques à grand renfort d’études présentés comme scientifiques. Sauf que sur ces “études”, il est très intéressant de creuser les CV des scientifiques qui les publies, très souvent il y a des conflits d’intérêts énormes.

Que faire ?

Vu que les agriculteurs qui produisent pour l’agro-industrie ne sont pas pressé d’arrêter d’utiliser du glyphosate, vu que les politiques ne veulent pas montrer un peu de courage pour régler ce problème sanitaire, à nous de nous prendre en main, à nous de boycotter les produits industriels. Rappelez-vous , lorsque il y a quelques années, les Français ont commencé à s’inquiéter de tous les additifs chimiques présent dans les aliments. On a commencé à faire la chasse aux E sur les emballages, bizarrement quelque temps après, ces additifs étaient supprimés des recettes industrielles.
Il suffit simplement d’arrêter d’acheter notre bouffe dans les grandes surfaces, aller faire un tour au marché du coin, dans les épiceries bio, vous verrez comment ils se dépêcheront de faire la transition vers le zéro glyphosate. Pour ceux qui sont en contact avec des agriculteurs, je pense qu’il est important d’en parler avec eux aussi. J’ai conscience qu’ils se sont fait berner de tous les côtés, par les industriels, les banques, les politiques, la FNSEA, … Ils ont été guidés vers un modèle nocif pour leur ferme, nocif pour leur terre, nocif pour leur santé et enfin nocif pour leurs revenus. On leur a fait croire qu’en partant sur la chimie, ils gagneraient du temps et de l’argent, il n’en est rien, je rappelle qu’en 2016, près de 20 % des exploitants ne pouvaient pas se verser de salaires alors que 30 % d’entre eux touchaient moins de 350 euros par mois. Plus de la moitié ne gagnent pas leur vie alors qu’ils travaillent 7 jours sur 7 ! Il faut les soutenir et dans la mesure du possible privilégier la vente à la ferme pour les aider à se sortir de cette merde.

À nous d’agir maintenant!

Je suis désolé pour mon langage fleuri, mais je ne suis pas un politique et parfois, il faut appeler un chat, un chat !

Quelques Références :
https://www.senat.fr/questions/base/2017/qSEQ171001455.html
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/10/10/20002-20171010ARTFIG00148-revenu-des-agriculteurs-les-chiffres-restent-inquietants.php
http://agriculture.gouv.fr
http://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/Guide-des-possibilites-de-soutien
https://blogs.mediapart.fr/alfred-leclercq/blog/271017/monsanto-ment-monsanto-ment-monsanto-tue-des-enfants
https://www.lemonde.fr/planete/article/2016/12/19/ogm-l-inra-pointe-une-recherche-sous-influence_5050955_3244.html
https://www.bastamag.net/OGM-comment-une-etude-bidonnee-par
https://trombi-glyphosate.agirpourlenvironnement.org/department-12/

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