Cancérogène probable ou pas?

CMR, Cancérogène, cancérigène, possible, probable, avéré,… Essayons aujourd’hui de faire une petite mise au point lexicale du côté du vocabulaire scientifique.Je souhaite faire un zoom sur ces quelques mots, car entre l’introduction du mot cancérogène et son association à l’adjectif probable, on sait plus vraiment ce que tout cela signifie.

Actuellement, en Europe, deux organismes réalisent des classifications sur la nocivité des produits, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) et l’Echa (Agence européenne des produits chimiques, AEPC en anglais).
Le CIRC s’intéresse uniquement aux produits cancérigènes alors que l’Echa regarde aussi l’aspect mutagène (modification de l’ADN) et reprotoxique (qui nuit à la fertilité ou au fœtus) on parle alors de CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique).

On notera que d’un point de vue législatif la France préfère s’en référer à l’Europe plutôt qu’à un organisme certe international et dépendant de l’OMS mais dont le cancéropôle est basé à Lyon. En effet, c’est la classification de l’Echa qui fait foi. Je trouve cela dommageable lorsqu’on sait que les grandes firmes sont extrêmement actives pour influencer les institutions européennes en leur faveur. L’Echa n’est pas revenue sur la classification du glyphosate en cancérigène ou mutagène malgré le fait que l’on apprenne grâce aux Monsanto leaks que la firme le suspecte depuis 1999 et que le CIRC l’a déjà classé comme cancérogène en 2015.1

Cancérigène ou cancérogène ?

Est-ce différent ? Ben pas vraiment ! D’après les dictionnaires, c’est la même chose, mais chez les médecins et scientifiques, on observe deux tendances. Ceux qui préfèrent le terme « cancérogène ». Peut-être pour plus de cohérence avec l’utilisation du mot « cancérologie » et ceux qui font la dissociation où, cancérigène, avec un « i », désigne une substance qui favorise le développement d’un cancer. Le terme cancérogène, avec un « o », quant à lui, s’emploie pour qualifier une substance qui favorise l’apparition d’un cancer.
Bref, dans les deux cas ce n’est pas bon pour nous mortels.

Possible, probable & avéré

Possible : on suspecte un danger, mais les informations apportées par les résultats des études sont limitées chez l’homme et insuffisantes chez les animaux, on n’arrive pas à déterminer la probabilité.
Probable : on classe comme probable les produits qui causent des effets néfastes sur les animaux de façon certaine, mais où sur l’homme les preuves sont limités souvent dans le cadre d’études contradictoires.
Avéré : cela signifie que le lien de causalité entre la substance et le danger est clairement établi. (les PCBs, l’amiante, le tabac, …)

Ex de tumeur chez la souris

On utilise le plus souvent des souris en laboratoire2. Depuis les recherches menées en 2002 sur le décodage du génome de la souris, nous savons, que nos gènes ont la même descendance à hauteur d’un peu plus de 80 % et que nous partageons 99 % de gènes homologues entre l’homme et la souris (gènes proches mais pas forcément identiques).34
Ainsi, un produit classé cancérigène probable cause à coup sûr des tumeurs chez la souris, mais il reste classé probable car pour l’homme on manque de ressources, sûrement du fait qu’il est difficile de trouver des volontaires pour les expérimentations.  ????

Je trouve l’utilisation du mot probable un peu gênante, car pour le commun des mortels, la différence entre probable et possible est pas flagrante et amène en mon sens à un flou. Qui accepterait des produits dans son assiette si on leur expliquait que ceux-ci causent des tumeurs chez des animaux dont la génomique est très proche de la nôtre ?
De plus, avec les différents leaks on a pu mettre en évidence que de grandes firmes n’hésitent pas à payer des scientifiques pour que ceux-ci publient sous leurs propres noms des études rédigés par les grands groupes et favorables à ceux-ci. Très souvent, cette pratique est mise en place afin de discréditer une étude qui vient de sortir alors qu’elle souligne la nocivité d’un de leur produit.5

Quand on sait tout ça, “possible”, il faut s’en méfier, “probable ou avéré”, c’est dangereux !

Je ne suis pas un scientifique de formation, je m’intéresse de près à la science et cette analyse n’est que le fruit de mes lectures, si un scientifique souhaite apporter un élément supplémentaire, qu’il n’hésite pas à utiliser le système de commentaire.

2.
Françoise Tristani-Potteaux, Georges Chapouthier. Le Chercheur et La Souris. CNRS Éditions; 2013.
3.
LE GÉNOME DES SOURIS ET DES HOMMES. genetique.org. http://www.genethique.org/fr/content/7934#.Wyj0FyT-hhE. Published December 1, 2002.
4.
Du génome de la souris à celui de l’homme. futura-sciences.com. https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/genetique-genome-souris-celui-homme-1439/. Published December 8, 2002.
5.
« Monsanto Papers » : des dérives inadmissibles. le Monde. http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/05/monsanto-papers-des-derives-inadmissibles_5196563_3232.html. Published October 5, 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *