Mélenchon creuse le vide à gauche

Les tumultes de ces derniers jours, dans “le bruit et la fureur”, confirment mon opinion sur Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, j’ai envie de le défendre !

Tapage médiatique de ces derniers jours, des perquisitions ont été menées, mardi 16 octobre, au siège du parti “insoumis” ainsi que chez Jean-Luc Mélenchon et son entourage. Ces opérations de police se sont soldées par des heurts entre les députés LFI et les forces de l’ordre. L’une concerne des emplois présumés fictifs de parlementaires européens et l’autre, d’éventuelles irrégularités dans les comptes de campagne de l’ex-candidat. Jean-Luc Mélenchon et ses proches dénoncent une “énorme opération de police politique” et organisent une défense médiatique.

Alors que ces derniers temps, j’avais plutôt délaissé les médias classiques du fait qu’ils produisent que trop peu d’informations valables, alerté pas des amis qui me savent sensible au programme de la FI, j’ai décidé d’allumer le bon vieux poste et suivre un peu le traitement médiatique de “l’affaire”.

TV, journaux et réseaux sociaux, 3 enseignements à en tirer

1° Mélenchon n’est plus à sa place.

Par le passé, j’ai beaucoup apprécié Méluche, que ce soit par son parcours où il a senti la nécessité d’une alternative au PS, par les bases qu’il a posé qui ont permises l’émergence de la France Insoumise et son programme ou son intellect de tribun qui relève sacrément le niveau des politiques lorsqu’il raisonne à froid.

Hélas, Mélenchon a aussi un tempérament au sang chaud, très chaud, qu’il a décidé d’utiliser par le passé pour se faire remarquer et ça aurait pu être une bonne chose, au début… Sauf que maintenant, il est censé tenir une place de dirigeant de parti, de leader. Malheureusement, ses vieilles habitudes reviennent trop souvent au galop et fracassent des années de travail pour une alternative politique. Comment avoir envie de placer à la tête du pouvoir un homme qui peut rentrer régulièrement dans un état de rage au point d’en avoir les yeux exorbités ? Comment ne pas en vouloir à cet homme, qui malgré une certaine justesse de propos, fait une erreur aussi stratégique dans sa communication avec des hurlements comme « la loi c’est moi » ou « Ma personne est sacrée »?

Justesse de propos, si l’on connaît un peu le personnage, si l’on a déjà eu l’occasion de lire ses écrits, si l’on a suivi son travail depuis l’époque du Sénat, on sait que ce genre de petites phrases n’est pas à prendre au premier degré comme présenté dans les médias main stream. En effet, lorsqu’il dit « la loi c’est moi », je pense qu’il fait allusion à son poste de député et dans l’absolu, ce n’est pas faux, « Ma personne est sacrée » à mon avis là, il fait allusion avant tout à la séparation des pouvoirs et à son importance. Mais pourtant, je lui en veux, car il maîtrise suffisamment les outils de communication pour savoir comment tout cela sera détourné, car aussi, ce comportement sanguin fracasse le travail de milliers de gens qui ont cru et se sont investis dans la FI. Ils avaient réussi à mobiliser énormément de jeunes qui ne croyaient pas en la politique, ils avaient réussi à reconquérir un terrain où seule Marine Le Pen arrivait à s’immiscer et ça laisse un désagréable goût d’explosion en vol. Au final, on assiste à une polémique de plus, complètement inutile, qui fragilise encore la république, avec des débats pour ou contre la perquisition alors que le fond n’est pas là.

Edit du 19 oct 2018 :
À mon avis, ce côté humain et révolté, est séduisant pour une partie de ses électeurs déjà acquis, mais c’est aussi ce qui l’empêche de conquérir les voix qui lui ont manqué en 2017. En se montrant ainsi, il repousse autant des hypothétiques électeurs qui pourraient être séduits par le programme de la FI qu’il consolide sa base déjà acquise. À ce compte-là, je préférerai qu’il laisse sa place de leader à un jeune du mouvement pour que celui-ci ait le temps de faire sa place et que JLM puisse continuer la lutte en restant lui-même.

Quand bien même Mélenchon aurait raison sur une implication du président concernant cette perquisition, du fait de ses colères répétés, cela le rend tellement prévisible, que c’est un cadeau pour le pouvoir. Il se ridiculise tout seul et tend le bâton pour se faire battre !
Vu l’engagement de LFI auprès d’Anticor, son comportement est inacceptable, je pense que pour ne pas finir de tuer le mouvement politique, il doit laisser sa place afin de permettre à une nouvelle génération de prendre la main.

2° des médias à la mémoire de poisson rouge

Au regard de l’affaire Benala, du coffre vidé la veille de la perquisition au domicile du proche du président, au regard du recalage par Macron des trois candidats à la succession de François Molins au poste de procureur de Paris, au regard des irrégularités des comptes de campagne de Macron, comment peuvent-ils focaliser l’attention uniquement sur le comportement de J-L Mélenchon et rabaisser autant le débat républicain?

Une réponse, le buzz et l’effet puteàclic !

Après vérification, une très grande majorité des médias main stream ont traité cette question inquiétante d’il y a trois semaines, “L’Elysée prend la main sur les procureurs” titrait alors le journal le Monde 1.

Comment une salle de rédaction entière peut-elle avoir la mémoire aussi courte ? Comment ces femmes et hommes peuvent-ils se prétendre journaliste comme Léa Salamé, Yann Barthès, Patrick Cohen et autres tout en oubliant des sujets qu’ils ont eux même traité il y a si peu de temps ? Il faut vendre et vendre encore ! Et comme le modèle actuel de monétisation est basé sur la publicité, il faut des titres chocs, des séquences courtes qui enlève tout sens à l’évènement pour en garder que le plus spectaculaire qui attirera les clics sur Facebook et Tweeter. Car oui, vous le savez peut-être pas, mais maintenant les médias TV et radio sont eux aussi payés par Facebook en fonction de l’audience pour le contenu créé sur leurs pages. Il faut donc que ça buzz un max pour que ça rapporte un max ! C’est ainsi que l’on a vu se multiplier comme des champignons des publications comme celle-ci sur les réseaux sociaux :

Mais où est la valeur qualitative de l’information ? Disparue ! Que Mélenchon soit colérique et inapte au poste de président, j’ai envie de dire, on le savait déjà !

3° Etat d’urgence citoyen

Après avoir échangé avec quelques proches du sujet, après avoir parcouru les réseaux sociaux, j’ai envie de crier : réveillez-vous !
Continuer de consulter régulièrement ces médias et prendre ce contenu pour argent comptant est suicidaire ! Au regard des enjeux économiques, géopolitiques et écologiques actuels, on a plus une minute à perdre avec cette merde. Et par pitié, arrêtez de m’expliquer que “tu comprends, c’est pratique à consulter ce genre d’infos le matin au petit dej ou dans le métro”. Las, j’ai envie de reprendre l’humoriste Blanche Gardin et vous dire «Mais vous êtes nombreux à faire ça en fait? C’est un problème quand même. Le calcul de l’audience, l’audimat ne prend pas en compte le recul avec lequel on regarde. Ou alors la merde t’intéresse vraiment, t’es merdologue peut-être ?».

Car oui, ni l’audience, ni la monétisation de ces contenus prend en compte comment vous digérez les médias, pourtant vous alimentez le système et lui permettez de continuer tranquillement à nous amener vers la déroute du pays, de la république.

L’effritement de l’UE, les crises économiques qui pointent le bout de leurs nez pour 2019, le réchauffement climatique qui s’intensifie, les pollutions diverses qui ont un impact sur notre quotidien à tous, les vrais sujets sont là et il est temps d’arrêter de poser son cerveau et d’y réfléchir, car vu la direction que ça prend, ce n’est pas vos petits enfants qui en souffriront plus tard, mais bien vous demain !

Pour conclure, un tweet et une vidéo :

1.
Justice : l’Elysée prend la main sur les procureurs. Le monde. https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/09/25/l-elysee-s-immisce-dans-le-choix-du-futur-procureur-de-paris_5360111_1653578.html? Published September 25, 2018. Accessed October 18, 2018.

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