Gilets jaunes : République qui en porte que le nom

Voilà 3 jours que j’ai décidé d’aller à la rencontre des gilets jaunes, que je vous ai aussi enjoint d’en faire de même, pour les comprendre, pour les convaincre de l’urgence écologique pour les soutenir face à l’arrogance de la bien-pensance intellectuelle qui règne dans les médias. Dimanche, six heures du mat, me voilà à coucher mon récit, celui d’une France des lumières éteintes, d’une France qui s’assure le pire des destins.

Une France qui se lève tôt

Le Mandarous en début de matinée

L’appel était lancé sur l’évènement Facebook de Millau créé pour l’occasion : “RDV 7h samedi au parking de géant”. 9 h, un peu en retard, le vélo dans la voiture, un gilet jaune sur le tableau de bord, j’étais sur la route en direction de la ville du gant.
Ne m’étant pas trop informé sur les points de blocages précis, à l’entrée de la ville, je décide de troquer ma voiture contre le vélo afin de me garantir une certaine liberté de déplacement. Ma matinée aura pour but de faire un état des lieux des points de blocages atteignables à vélo. Je commence par le Mandarous (place principale de Millau) afin de glaner quelques infos et les lieux de blocages.
La première chose qui m’a frappé, c’était de voir Millau autant au ralenti. Presque aucune voiture dans les rues, des commerces fermés ou des commerçants esseulés devant leur vitrine et au loin quelques coup de sifflets. Une fois sur la place, une grosse centaine de personnes, panneau à la main, qui scandent des slogans peu coordonnés, mais on peu en discerner un qui revient plus que les autres : “Macron démission !”, le ton est donné.
J’échange avec quelques passants plutôt compréhensifs, quelques gilets, récupère la liste des points de blocages à proximité et fait un second constat. Aucun leader, aucune coordination, aucun mot d’ordre qui ressort, juste un ras-le-bol généralisé.

Concernant les points de blocages, les grandes artères de circulation sont bloquées ainsi que les pompes à essence et supermarchés. Il s’est dit que seul un supermarché n’avait pas été bloqué ce matin, en raison de son engagement avec le tissu social local (Emmaüs, Croix-Rouge, …). Cependant, dans l’après-midi, un groupe aura finalement décidé de le bloquer, sans être au courant de l’exception qui visiblement émanait d’une décision “collégiale” qui avait eu lieu plus tôt.

Je continue mon petit tour, passe devant quelques stations essence, quelques supermarchés, ils sont bien bloqués. Certains on jeté l’éponge et fermé les rideaux, pour d’autres les lumières sont allumées et l’on y distingue quelques employés tournant en rond ou assis sur les caisses. Certains points de blocage avec une grosse présence de gilets jaunes, d’autres seulement quelques-uns. Dernier arrêt, le rond-point du MacDo, emblématique dans cette ville depuis le démontage par José Bové. Je commence à échanger avec quelques gilets, un petit vieux nous propose du café chaud, une petite mamie arrive avec des gâteaux et fait la distribution. Les automobilistes grognent un peu, mais sont pour le moment compréhensifs, et l’on sent clairement le soutien des routiers, fièrement affiché à coup de gros klaxons. Ce que je retiens de cette matinée, c’est ce format inédit, né d’une grogne sur internet sans leader, très peu coordonné et qui fonctionne pourtant. Quelque chose qui se rapproche d’une auto-gérance anarchique. Je décide d’aller manger avant de retourner de ce côté-là.

Un dénominateur commun, la précarité

Récupéré sur les réseaux sociaux du côté de Saint-Affrique

Début d’après-midi, de retour sur le rond-point, je reprends mes échanges. Les situations professionnelles sont très éclectiques, mais toutes se rejoignent sur un point, la précarité. Du chauffeur-livreur qui fait 10 h payées 7, au retraité qui a perdu du pouvoir d’achat sur une retraite déjà bien maigre, en passant par l’agriculteur endetté jusqu’au coup, la pionne de collège qui a pourtant fait de longues études, le technicien de surface, l’artisan qui ne peut plus se payer pour payer ses employés, …

On est très loin du cliché servi par les médias depuis des jours, du gros bauf qui roule en SUV, vote FN, n’a rien à foutre de l’écologie et n’est pas content de payer son carburant trop cher.

Ces gens-là, pour la plupart sont même très conscients de l’urgence écologique, ils l’ont vu cet été, ils habitent la campagne, et constatent eux aussi l’effondrement des populations d’animaux, la sécheresse qui a décimé un paquet d’arbres, les cultures “qui en ont chié sévère”, … Ils ont bien reçu le message des insectes qui ne sont plus collés au pare-brise.

Pas de FHaine en vue

Ça, c’était l’argument principal de la non-mobilisation de mes amis bobo/gaucho/écolos (c’est pas une insulte, je m’inclus dedans). Je n’y vais pas parce qu’il y aura le “Rassemblement National”. Sur la douzaine avec qui j’ai abordé la question politique, AUCUN n’a affiché un engagement politique à l’extrême droite, le seul qui s’est livré vote pour la FI. La plupart m’ont même confié avoir voté pour Macron au second tour. D’aucuns, se seront peut-être abstenus en raison de l’appel des politiques d’oppositions à ne pas chercher à récupérer le mouvement, toujours est-il que je n’ai pas entendu de slogans fachos ou autres conneries.

En fait si, j’ai entendu un truc qui aurait pu être interprété ainsi, si l’on se contente de la phrase entendue de loin. Des bloqueurs s’amusaient à ralentir de quelques instants les chauffeurs poids lourds étrangers. Mais pas n’importe lesquels, ceux des pays de l’Europe de l’Est, Pologne et Roumanie en tête. Pas par racisme, mais à cause de l’injustice de la législation française et européenne qui leur permet de travailler dans des conditions qui torpillent les transporteurs français.
Toujours est-il que ce n’était absolument pas un rassemblement du RN, comme il a été tant dit par les éditocrates ou sur les réseaux sociaux.

Une adhésion en fonction de sa “caisse”

Une autre chose m’a marqué, parmi les bloqués sur la route, on pouvait noter une tendance à l’adhésion au mouvement en fonction de l’état des véhicules. Alors bien sûr, ce n’est que de la statistique de comptoir sans valeur scientifique, mais globalement ceux qui étaient les plus réfractaires à la mobilisation, c’étaient les propriétaires de belles berlines de marques allemandes que la plupart des gilets jaunes ne pourront jamais s’offrir, même en location ! À l’inverse, on sentait une adhésion franche chez monsieur et madame tout le monde qui roule avec sa vielle bagnole parce que pas le choix, il faut aller travailler pour manger, mais pas assez d’argent pour la changer (206, Clio 1, vieux Kangoo, …).

Le genre de véhicule pas content du blocage

En 5/6 heures, j’ai constaté deux très gros dérapages de réfractaires au mouvement, une femme plutôt hystérique qui y a laissé son bas de caisse de voiture en essayant de passer sur un trottoir sous prétexte que ses enfants sont chez la nounou, et un jeune con qui a voulu griller la file à contre-sens sur le rond-point, manque de pot, la police était là et a pris en chasse la voiture. En parlant de la police, je me suis permis d’écouter un peu les échanges avec les manifestants, il en ressortait globalement une compréhension mutuelle, ce qui habituellement est plutôt rare dans les manifestations. Et d’un côté quand on regarde de pres leur situation, c’est plutôt compréhensible (pas de moyens humains, des équipements délabrés, des missions illogiques, et tout ça pour des salaires de merde aussi, au péril de leur vie, ….). Sinon bien sûr quelques autres bloqués râlaient, affichait un certain mépris, mais la plupart du temps, les chansons, les sourires apaisaient un peu la situation tendue.

Je pourrais continuer mon récit pendant quelques paragraphes, mais mon texte est déjà trop long !

Une élite à la masse !!!

Les !!! C’est pour signaler mon écœurement, mon indignation, ma peur du mur dans lequel la France part à toute vitesse. Alors je m’attends déjà à me faire attaquer par certains pour mon discours “populiste“, “misérabiliste” et d’autres mots du genre. Si être populiste, c’est être proche des attentes du peuple, si vous me balancez cela sans réels argumentaires, je l’assume et vous emmerde ! Vous êtes de pauvres cons qui menez droit la France au désastre du fascisme en vous comportant ainsi ! Ouvre les yeux ! Arrêtez de vous contenter du discours servi sur plateau par Quatremers et consors!

En fait les 100 miliards ont été dépassés, mais on voit l’idée ^^

Cette France qui souffre existe, cette France a des raisons légitimes de gueuler ! Cette France, c’est celle des petites mains qui font que vous avez un logement construit par un maçon, que vous arrivez dans un commerce ou cabinet médical propre, celle qui aide vos enfants à faire leur devoir, celle qui vous nourrit toujours moins cher au détriment de leur confort, celle qui vous livre vos colis Amazon sans compter ses heures pour ne pas perdre son déjà trop maigre salaire, ….

Cette France, c’est celle de ceux qui ont été éloignés des grandes villes, bien-souvent à cause de l’inflation immobilière, cette France à qui on retire les maternités, les sous-préfectures, les postes, les trains, les bus, … Cette France qui bénéficie d’un accès internet moins performant qu’un pigeon voyageur.
Cette France qui voit des politiques prendre l’avion à plusieurs centaines de milliers d’euros pour une réunion de trois heures alors qu’eux mettrons plusieurs années pour gagner une telle somme.

Petit rappel aux journalistes

Aux politiques locaux qui se sont exprimés l’avant veille du mouvement et n’ont absolument pas cerné le problème en parlant uniquement de la voiture, tous bords confondus, ouvrez les yeux ! (A lire ici)

À mes anciens collègues et amis journalistes parisiens, venez sur le terrain en France, pas à Paris ! Arrêtez de prendre pour argent comptant le discours servi par Macron, osez passer le périph et venez prendre le pouls, le vrai. Osez franchir le pas, même si votre directeur de rédaction n’est pas chaud. Celui de la France qui se sentant délaissée, incomprise, votera très certainement aux extrêmes à la prochaine élection. Il ne faudra pas venir pousser vos cris de pucelles comme vous avez l’habitude de le faire au lendemain du vote, vous aurez été prévenus. Faites votre boulot !

Edit du 19 nov : Attention je ne suis pas journaliste, j’ai pas de carte de presse, j’ai par le passé, travaillé aux côtés de journalistes dans la branche informatique d’un groupe de presse.

À mes amis, “les bobo/gaucho/écolos”, sortez de votre petit confort, sortez de la télé qui pour moment est hors sol, sortez de chez vous cette après-midi. Allez à la rencontre des gilets jaunes vous rendre compte par vous-même, discuter avec eux, vous faire votre propre idée.
L’urgence écologique est bien là, l’urgence sociale aussi !
On a plus le luxe de la division !

Pour finir un super papier repéré cette nuit, qui analyse bien plus finement que moi la situation : La république en vrac  par Monolecte

Et mes anciens billets sur le sujet du 17 novembre.

Deux petites mais indispensables mises au point 1.L'initiative Gilet vert s'oppose t-elle au mouvement des Gilets…

Publiée par Gilet Vert sur Samedi 17 novembre 2018


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9 réponses sur “Gilets jaunes : République qui en porte que le nom”

  1. Merci Alexi de ton reportage… Je serai heureux qu’on se refasse le monde un soir chez Peter pour parler de tout ça et y mêler nos ressentis… Je suis plutôt pessimiste sur l’évolution d’un monde arrivé en bout de course et qui ne peut que se pauperiser…. Faire à nouveau sens social dans un monde pauvre en ressources et soumis à des exodes massif et un véritable défi

  2. Bonsoir,
    Joli texte, et apparemment peu retouché, on vous sens touché et sans doute … dans le doute.
    Bien sur vous n’avez pas encore fait tout le chemin, vous savez que nombre de ces gens normaux, donc gentils, votent RN, mais surtout ne pas le dire. Peut être savez-vous aussi que la solution passe par des solutions prônées par Dupont-Aignan ou Marine Le Pen, qui ne sont fascistes que dans les fantasmes commodes de vos amis bobo/gaucho/écolos. Forcement c’est plus confortable de rester dans le camp du Bien auto-proclamé, d’éviter de voir que le monde change, et que le “village mondial” s’étiole.
    Je reviendrais vous lire, parce que l’honnêteté sensible est rare.

    1. Gérard Couvert : Je sais bien qu’une partie des gens qui soufrent votent Dupont-Aignan ou Marine Le Pen parce qu’ils en ont ras-le-bol parce qu’ils espèrent ainsi faire sauter le système, mais ce n’est pas pour autant que je suis d’accord avec eux. Et encore moins d’accord avec les solutions proposées par ces politiques, qui eux aussi font partie du système qu’ils dénoncent. Je ne pense pas que la solution soit là.

    1. Vous confondez, je parle de Quatremers, journaliste à Libé qui est Macroniste affiché (je respecte), mais passe son temps sur les plateaux tv à prendre les les plus précaires, les gens “qui ne sont rien” pour de la merde et de haut, sous couvert de bien-pensance et cela ça m’énerve.

  3. Merci pour ce texte

    Le meilleur de tous ceux que j’ai vu de la journée du 17, bien meilleur que celui du lien “le monolecte” que vous avez partagé et que va falloir que je relise, car a part expliquer le point de vu des gens qui n’y comprennent rien a rien, ceux des “bobotisés” (dieux que je déteste ce mot), j’ai pas compris pourquoi vous le trouvez meilleur que le votre, pour moi c’est l’inverse !

    J’aurai pu vous lire des heures, tant on sent dans la sincérité de vos propos ce que l’on vie et ressent tout les jours. Choses que l’on ne vois ni ne lis ni ressent dans aucuns autre papier (fus-t’il du web).

    Bien sur, je l’ai partagé sur mon FB, afin que d’autres puissent mieux comprendre ce mouvement des gilets jaunes.
    Eux qui ne sont informé habituellement que par les “grand” médias (qui n’ont de grand que le nom) et qui a force d’entrisme, d’entre soit crasse, ne racontent que des conneries, que je donnerai pas a lire a mon âne 😉

    Merci
    Merci
    Et Merci

    Jean

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