Apprendre à s’informer correctement en 2018

Les récents événements autour de la crise sociale mise en avant par les gilets jaunes, opposés à l’écologie dans les médias mainstream (essentiellement par les éléments de langages des LREM ainsi que le parisiano-centrisme), m’ont poussés à accélérer la rédaction de ce billet. Donc, arrêtez de pourrir les journalistes, je vais vous montrer qu’il est possible de s’informer correctement en 2018.

Celui-ci n’a pas pour but d’analyser les causes du déclin qualitatif de la presse française mainstream(1), j’y reviendrai plus tard, mais vu l’urgence, d’apporter quelques pistes pour que chacun puisse se nourrir intellectuellement de façon un peu plus équilibrée.

1 – Ne pas perdre son temps

Le premier argument que l’on va m’opposer, c’est le manque de temps, j’y réponds donc sans attendre. De par la situation catastrophique de la France, mais aussi dans le monde (écologie, économie, social,…) il devient urgent d’apprendre ou réapprendre à s’informer. On n’a plus le droit de repousser à demain ce type de démarche. Dans notre quotidien, si l’on regarde bien, on perd énormément de temps sur des conneries que l’on peut/doit corriger.

Ici, je vais prendre un exemple qui m’a concerné et concerne une partie de mon entourage, ce n’est qu’un exemple, à vous de trouver vos éléments chronophages inutiles. En bon enfant de la télé, jusqu’à il y a quelques années, je me suis gavé de l’industrie de l’entertainment. Depuis un moment maintenant, j’ai fait le choix de réduire drastiquement ce genre de productions. Honnêtement, qu’est-ce que cela nous apporte de regarder tous les jours des films & séries de TV américains, des jeux télévisés ou pire, des Hanouna & co qui brillent par leur niveau au ras des pâquerettes? Qui n’ont aucun autre objectif que de s’accaparer votre temps de cerveau disponible pour vous gaver de publicité afin de vous faire acheter le dernier objet à la mode ?

Plutôt que de me plaindre, j’ai fait le choix de réduire aussi drastiquement les médias de piètre qualité, Quotidien (entertainment, mais se présente comme un média), CNEWS et BFMTV en tête. Même constat sur la problématique mercantile, mais aussi leur orientation éditoriale pute-à-clic (avec pour objectif de faire de l’audience sur les réseaux sociaux au dépens de l’information).
Il m’arrive tout de même d’y passer furtivement dessus, pas tant pour m’informer sur les sujets, mais pour constater l’information dont le public de masse bénéficie.

En faisant ce genre de choix ça laisse déjà quelques heures dans la semaine pour s’informer réellement non ?

2 – Vérifier les sources des papiers

Lorsque vous attachez une importance à une information, toujours vérifier les sources ! Aujourd’hui, c’est très facile de faire sa propre petite enquête sur le net grâce aux moteurs de recherches (Qwant, Google, …). Chercher d’où provient les chiffres, les affirmations, les images, quelles études scientifiques … Voir s’il y a des informations contradictoires est très important !

Ne pas hésiter à interpeller les journalistes, les blogueurs, les youtubeurs si vous ne trouvez pas la source. Et même si Wikipedia est un fantastique outil, encore une fois, vérifier les sources (elles sont en pied de page) et ne pas se contenter de cette encyclopédie. Toujours, concernant Wikipedia, il est très intéressant de regarder l’historique des modifications d’une page (en haut à droite), on y découvre des pépites ! Pour les images, je rappelle que Google permet de faire des recherches inversées. On envoie une image et ça nous dit où elle est visible et donc d’où elle provient.

3 – Garder en tête les biais cognitifs

C’est un sujet où il faudrait écrire tout un livre ! Ce sont les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky qui ont été les premiers à mettre en évidence la capacité du cerveau à procéder à des jugements erronés malgré lui. En gros, du fait de la nécessité de souvent devoir procéder à un jugement rapide pour faire une action, le manque de temps, d’informations, d’intérêt, … nous poussent à des jugements erronés. Les recherches en ont trouvé énormément, en voici quelques-uns.

Le biais de confirmation : on a tendance à chercher et considérer uniquement ce qui va dans notre sens.
Le biais de négativité : tendance à retenir avant tout les faits négatifs
Le biais de cadrage : tendance à être influencé par la façon dont l’information est présenté (20 % de satisfaits de Macron / 80 % d’insatisfaits)
Le biais de croyance : tendance à faire des erreurs de logique que l’on ignore si cela va dans le sens de nos croyances.
L’excès de confiance : tendance à surestimer ses capacités d’analyse notamment

Tout cela pour dire qu’autant le public que les journalistes sommes influencés par ces biais, d’où l’importance de prendre un peu de temps et diversifier ses sources pour avoir un avis plus éclairé.

4 – Diversifier ses sources d’informations

On a tendance à limiter notre information à quelques médias qui vont dans notre sens de pensée, c’est une grave erreur ! C’est un peu comme les 5 fruits et légumes par jour cette histoire. Même si on n’aime pas le vert ou le rouge, il faut en manger ! Piocher dans la PQR (Presse Quotidienne Régionale) est tout aussi important, vous y trouverez très souvent une ligne éditoriale bien différente de la PQN (Presse Quotidienne Nationale). Diversifier sur les délais de publications aussi, un mensuel aura souvent plus le temps de creuser un sujet qu’un quotidien. Concernant toutes ces sources, il est très instructif de faire un petit tour sur le net pour savoir qui est derrière un média (PDG, conseil d’administration, …) et comment est financé le média en question (dons, abonnements, publicités, …) ceci afin de comprendre certaines contraintes qui peuvent influencer la ligne éditoriale.

5 – S’informer à l’étranger

Nous vivons dans un monde globalisé, pour le comprendre, pour comprendre les enjeux, il est important aussi de faire un petit tour de temps à autre à l’étranger. Par exemple, il est facile de dire que la France est la seule à s’inquiéter de l’écologie lorsqu’on lit jamais la presse internationale. Tout comme il est très facile de dire que les Américains, les Anglais, les Allemands ou les Russes sont juste des vilains méchants. La vérité est toujours plus nuancée que ce que l’on voudrait croire. La pluralité des sources ne doit pas seulement être française mais mondiale surtout avec les enjeux de demain.

6 – Les réseaux sociaux

Formidables outils et pourtant si mal utilisés ! Il faut voir les réseaux sociaux comme des pistes d’informations, mais surtout pas comme une source fiable. Toujours vérifier l’information présentée, si vous y attachez de l’importance y revenir quelques temps après pour la confronter à des papiers de la presse classique, à des billets de blogueurs, …

Il faut aussi se méfier de la simplification, si la personne affirme une vérité comme étant simple, c’est qu’il y a très souvent un loup derrière.

Impérativement lire aussi les réponses et commentaires des autres internautes, ça peut donner des pistes de réflexions. Enfin, garder en tête pour les réseaux sociaux des GAFAM qu’ils ont de très gros enjeux économiques. Enjeux qui les poussent via leurs algorithmes à vous présenter l’information qui va dans votre sens pour encourager une action sur la publication. Ce phénomène a tendance à être amplifié par le fait que l’on suit surtout des personnes de son entourage qui pensent souvent comme nous. Et l’on retombe dans l’histoire des biais !

7 – Quelques pistes

Vous trouverez ici quelques pistes ceci n’est pas une liste exhaustive, à vous de vous constituer la vôtre.

Le monde diplomatique : une ligne éditoriale assez marquée à gauche avec une volonté certaine de rompre avec le capitalisme. Intéressant sur la capacité à mettre en perspective les problématiques.

Contrepoints : géré par l’association liberaux.org, vous vous en doutez, c’est très libéral, cependant, j’y trouve très souvent des analyses qui brillent par leurs finesses, mais aussi par moment une certaine mauvaise foi.

Russia Today France : une chaîne d’info en continue financée par le gouvernement russe (pro Poutine). Intéressante pour avoir un point de vue non atlantiste. Aussi, depuis la rentrée 2018, Frédéric Taddeï y anime Interdit d’interdire, une émission de débats culturels et sociétaux.

Euronews : chaîne d’info européenne, j’y pioche des infos sur les sciences et la high-tech

Le Courrier international : principalement des traductions d’articles de la presse internationale. Extrêmement utile pour arrêter de faire le français qui sait tout sur le monde et sortir du franco-centrisme.

Reporterre.net : lancé par Hervé Kempf en 2007 sur internet, la ligne éditoriale est très portée sur l’écologie en y faisant pas mal de liens avec les crises sociales. J’apprécie énormément le principe de financement basé sur le don qui permet au journal d’être très indépendant. Pas d’articles payants, on donne ce que l’on veut quand on le peut.

Basta! : média très marqué à gauche, ici même logique que Reporterre sur le financement. Publications quotidiennes alimentées par une petite dizaine de journalistes. J’ai énormément apprécié leur initiative portail.bastamag.net qui vise à mettre en avant une sélection d’articles sur les transformations sociales, l’écologie et le débat démocratique parmi une centaine de sources.

Arte Info : l’un des rares journal non franco-centré accessible facilement. Ligne éditoriale plutôt européenne, scientifique et culturelle.

LCP & Public Sénat : contrairement à la croyance, ce média ne traite pas uniquement des débats des députés et sénateurs. Les émissions-débats brillent grâce aux invités qui sont souvent des pointures dans leur domaine d’expertise. Invité que l’on voit jamais dans la presse mainstream. Il y a aussi très souvent de superbes documentaires.

Arrêt sur images : site web payant et indépendant qui se consacre au décryptage et à la critique des narrations médiatiques

Thinkerview : sorte de thinktank numérique très proche du milieu du hacking. L’équipe est bénévole, le matériel financé par les dons. Ils proposent principalement des entretiens avec des pointures dans leurs domaines sur la géopolitique, la finance, l’écologie, le terrorisme, les médias, … J’y apprécie le format sans montage, diffusé en direct et où les internautes sont invités à participer & fact checker, … Les productions sont mises à disposition sous licence Creative Commons. ! À regarder absolument !

Les youtubeurs : il y a pas mal de pépites à découvrir sur Youtube, je peux vous citer pêle-mêle : Osons Causer, Le fil d’Actu, Demos Kratos, Professeur Feuillage, l’Espace des sciences, Data Gueule, Et tout le monde s’en fout, et pleins d’autres. Pensez cependant à ne pas vous contenter de la vidéo comme source d’information, pour la diversifier, mais aussi, car la vidéo sur internet est très émettrice de CO2.

Dernière chose

Même si je ne suis qu’un simple blogueur citoyen et pas un journaliste, tout ce que j’ai énoncé ici s’applique aussi à moi. Donc n’hésitez pas, commentez, argumentez, opposez et partagez!

1 – mainstream : anglicisme très utilisé en marketing pour définir un élément grand public, suivi et accepté ou utilisé par la masse. Dans ce cas BFMTV, CNEWS, Le monde, Libération, Le parisien, Le figaro & co

Une réponse sur “Apprendre à s’informer correctement en 2018”

  1. Salut Alexi.. Belle analyse à la quelle helas je mettrai un bémol bcp de gens ne lisent tout simplement pas, mes jeunes (fils and CO) n’ont jms ouvert un journal et vivent ds un vase clos en réseaux qui leur renvoi en miroir leur propres opinions… La plupart n’ont pas la moindre idée de ce qu’implique le chgt climatique…. Un comble ds ma maison…. Donc constat plutot pessimiste les nécessaires prises de conscience

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