Santé, 25 ans de décisions mortelles

Il y a tant à dire sur ce sujet, mais je vais essayer de faire le plus court possible pour vous laisser matière à réfléchir sur le fond, loin des polémiques stériles.

Nombreuses ont été les grèves du personnel de santé ces deux dernières décennies, la sonnette d’alarme a été tiré mainte fois. Encore dernièrement, lors de la réforme des retraites le milieu hospitalier était fortement représenté dans les cortèges, pompiers, infirmiers et médecins ont été remerciés comme tout le monde à coup de matraque et de LBD!

Il faut dire que les économies sur le dos de la santé des Français et les cadeaux aux investisseurs privés ont été massifs ces dernières années. Restrictions budgétaires, tarification à l’acte, fermeture de lits, de services, et même d’hôpitaux entiers ont fini par détruire petit à petit un système de santé qui était pourtant fort efficace jusqu’à la fin des années 90.

Alors que les politiques d’hyper-centre étaient plus que conscients des besoins croissants dans le domaine de la santé avec l’arrivée des papy-boomers, ils ont fait des économies à tour de bras tout en profitant des réformes pour faire des cadeaux aux privés qui se réservent les activités les plus rentables (Mutuelles, EHPAD, cliniques, … ). Le plus triste, c’est que ce sont bien souvent ces mêmes futurs papy-boomers qui se sont fait berner et ont voté pour ces gens-là. Triste affaire qui se retourne hélas maintenant contre eux.

Tout aussi conscients du déficit grandissant de médecins, ces mêmes politiques ont préférés maintenir lâchement le numerus clausus de peur de se mettre à dos une partie de leur électorat. Je le dis et le répète, le mandat unique voire le tirage au sort sont les seules solutions ! Tant qu’un politique pourra espérer être réélu, il ménagera ses prises de positions pour se garantir une réélection aux dépens de la nation ! Dans le cas du numerus clausus, nous avons perdu des années, il faut 10 ans en gros pour former un médecin !

Pour ceux qui ont la mémoire courte

C’est Alain Juppé, alors Premier sinistre de l’époque qui ouvre le “ball-trap” de l’hôpital. Il édicte par ordonnance, donc sans décision parlementaire, l’ « Objectif national des dépenses d’assurance-maladie ». Objectif de l’époque, réduire de 100 000 lits le parc hospitalier, 1/3 du parc de l’époque !

Viendra ensuite le Plan hôpital 2007 de Jean-François Mattéi qui instaurera la T2A, qui transforme les soins en simples actes techniques facturables. Mettant à mal notamment la prévention, le suivi, l’accompagnement, pourtant forts utiles mais non-quantifiables financièrement. Pourtant, on sait que la prévention efficace permet de limiter les coûts, mais rien à faire, l’effondrement du public permettra du justifier sa privatisation !
Mattéi fragilisera donc à nouveau le système de santé alors que la canicule de 2003 avait déjà mis en lumière les insuffisances de l’équipement hospitalier et, notamment, l’engorgement, dénoncé depuis longtemps, des services d’urgence. Résultat selon l’INSERM, 19 490 morts de la canicule en France cet été 2003.

En 2009, Bachelot et sa loi « Hôpital, patients, santé et territoire » retire aux médecins – pourtant pas si bêtes – une grande partie de leurs pouvoirs de décision au profit des directeurs d’établissements souvent plus managers à la MacDo que médecins. Devinez d’où sortent ces “managers”, dans le mille ! Le plus souvent de l’ENA ! Après, car il ne faut pas voir le mal partout, il faut reconnaître aussi que Bachelot avait apporté une réponse préventive forte à la grippe H1N1, et d’autres réponses valables dans le domaine de la santé. Réponses qui d’ailleurs lui ont coûté des critiques violentes jusqu’à même dans son propre parti politique qui n’y voyait alors que des dépenses supplémentaires.

En 2016, Hollande ne fait pas mieux, sous la responsabilité de Marisol Tourraine, la loi la folie “modernisation de la santé” met en place les groupements hospitaliers poussant encore plus aux regroupements d’hôpitaux et donc à la fermeture d’établissements supplémentaires. Pour les Aveyronnais, l’histoire du regroupement Millau/St-Affrique, ça vous parle peut-être ?

Votée à l’Assemblée fin 2017, le premier PLFSS de son mandat a poussé à la mise en place du “plan d’accompagnement à la transformation du système de santé “(PATSS) qui rabota à nouveau d’1,2 milliards d’euros sur 4 ans sur la masse salariale des hôpitaux. Rappelez-vous c’est à ce moment-là que Macron se promenait dans les hôpitaux en disant qu’il n’y avait pas d’argent magique !

Voilà pour la petite histoire de la destruction de notre système de santé, PS/LREM/LR , l’hyper-centre, pas un pour rattraper l’autre, c’est criminel !

Quelques chiffres récents

L’hyper-centre adore les comparaisons avec nos voisins allemands, alors, allons-y! Mes sources proviennent de l’OCDE​1​. Je pioche ici les données les plus récentes disponibles.

En 2016, nous comptons 9.460 médecins pour 100 000 habitants, en Allemagne, ils en ont 11.710. En 2017, 12.93 infirmiers allemands pour 1000 habitants, en France, 10.48 infirmiers. Autre donnée intéressante de 2017, 4.25 médecins pour 1000 Allemands, contre 3.37 médecins en France. En 2018, l’Allemagne dépense 5 056 € par an et par habitant alors que nous devons nous satisfaire de 4 141 €.

Et l’on nous explique après que ça coûte un pognon de dingue ! Je me demande où part l’argent de nos impôts, en tout cas, pas vraiment dans la santé !

Aussi en 2018, un rapport de la Drees nous informe que les frais de gestion des complémentaires de santé ont dépassé les 7.5 milliards d’euros alors qu’elles ne représentent que 13.4 % des dépenses de santé, contre 7.3 milliards d’euros pour la sécurité sociale. Vous vous rappelez quand l’hyper-centre sous Sarkozy nous expliquait que dans le public, on ne savait pas gérer un budget ? Toujours la même histoire, les cadeaux aux copains avant l’intérêt général, des criminels, je vous dis !

Petit aparté cannabis

L’hyper-centre de droite a toujours voulu maintenir illégale la consommation de cannabis au dépens des Français pour leurs propres intérêts. Il faudrait au moins 10 pages de plus pour expliquer, mais ce qu’il faut retenir, c’est que la prohibition n’a fait qu’accélérer la consommation de cette drogue en France et surtout chez les plus jeunes alors que les pays qui ont légalisé ou dépénalisé ont pour la plupart réussi à endiguer l’augmentation de la consommation voire l’on fait baisser. Ce qu’il faut retenir aussi, c’est qu’en dépénalisant, on peut faire de la prévention efficace. Avec bien plus d’1 million de consommateurs quotidiens en 2015 (Les chiffres continuent de monter.) et presque 4 millions de consommateurs mensuels en France​2​, je n’ose même pas imaginer ce que va donner le sevrage violent qu’impose le confinement lié au COVID-19. Si beaucoup de Français pètent anormalement les plombs, il ne faudra pas s’étonner, ce n’est pas uniquement la faute du virus.

Un résultat visible aux yeux de tous

Avant même la crise du COVID-19, à moins que vous ayez une santé de fer vous l’avez constaté sûrement par vous-même. Jusqu’à plus d’un an pour consulter un spécialiste (Ophtalmologue, dermatologue, …), des médecins généralistes complètement dépassés qui refusent de prendre des nouveaux patients. Les urgences qui ferment leurs portes tellement quelles sont saturées et si par chance, ils vous acceptent, c’est jusqu’à 24 h d’attente dans les couloirs.​3​

Dans mon cas, suite à des problèmes de dos l’année dernière, sur 4 passages en radiologie hospitalière, j’ai vu une seule fois un radiologue, les 3 autres fois c’était un technicien qui s’occupait de moi et envoyait à un radiologue situé à l’autre bout de la France. Hélas, pour moi, j’ai pu constater les limites des consultations à distance. Le technicien n’étant pas radiologue, les échanges pour établir un diagnostic en sont limités, on a multiplié les passages et donc le coût des examens, car le radiologue aurait immédiatement ciblé finement des zones à analyser.

Pire, alors que c’était extrêmement rare par le passé, tout juste quelques “grands professeurs”, un nombre croissant de médecins et chirurgiens n’hésitent plus à demander des bakchichs pour intervenir plus vite sur les patients ! Ils appellent ça des dépassements d’honoraires et les réclament en liquide. En 2014, dans un sondage LH2 réalisé par téléphone le 15 mars 2014 pour lequotidiendumedecin.fr, déjà 5 % des usagers affirmaient avoir été confrontés à une demande de « dessous-de-table ». Je serais curieux de savoir où l’on en est en 2020, mais de ce que je constate empiriquement, j’aurai tendance à penser que ce phénomène prend de l’ampleur.

Aujourd’hui, on se demande combien de morts du coronavirus nous allons compter, certains scientifiques vont jusqu’à parler en centaine de milliers, le temps nous le dira …

Lire la suite : Les débuts de la crise du COVID-19

  1. 1.
    Panorama de La Santé 2019. OECD; 2019. doi:10.1787/5f5b6833-fr
  2. 2.
    Usages Réguliers, Usages Problématiques de Cannabis. ofdt; 2015:17. https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/cdeprob.pdf.
  3. 3.
    « Si quelqu’un se présente avec un infarctus, on ouvre ou pas ? ». leMonde. https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/12/20/quand-les-urgences-des-hopitaux-ferment-la-nuit_6023635_3224.html.

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